Trouver et choisir une formation en ligne

Parfois un cours ne suffit pas à maîtriser un sujet. Faut-il pour autant en suivre dix? DR, Pixabay:FotografieLink
Parfois un cours ne suffit pas à maîtriser un sujet. Faut-il pour autant en suivre dix? DR, Pixabay:FotografieLink

Envie de changer de job mais d’acquérir une compétence avant, besoin de vous mettre à niveau sur un domaine, curieuse d’un secteur en croissance mais que vous maîtrisez mal, ou besoin, en tant qu’entrepreneure, de vous former sur un métier? Une formation en ligne peut répondre à ces besoins. Comment la trouver et surtout la réussir? Nos conseils.

Se former, en ligne ou non, est aujourd’hui indispensable étant donné la profonde mutation que la plupart des métiers connaissent avec le digital, comme le rappelle Isabelle Chappuis, directrice exécutive d’HEC Lausanne. Si les plus de 55 ans sont peut-être les moins concernés, toute la génération d’actifs entre 35 et 55 ans est concernée. Pour les femmes, encore nombreuses à gérer en grande partie la vie du foyer et les tâches domestiques en plus de leur vie professionnelle, la formation en ligne peut être un atout puisqu’elle offre une liberté supplémentaire dans le mode d’apprentissage. Mode d’emploi pour choisir sa formation en ligne.

Définir ses besoins

C’est le B.A-Ba: avant de prendre n’importe quelle formation en ligne, soyez au clair sur vos objectifs.

«Est-ce qu’il s’agit d’augmenter son employabilité ou de chercher des connaissances générales?», note Pierre Dillenbourg, professeur de learning technologies à l’EPFL, fondateur de l’Edtech collider, incubateur de start-ups dans l’éducation, et ancien responsable de la Mooc factory de l’EPFL. «Une étude de Coursera montre qu’un tiers des apprenants en ligne qui prennent un MOOC pour leur employabilité rapportent plus tard que ces cours leur ont apporté une utilité concrète: obtention d’une promotion, d’un nouveau poste, ouverture d’une start-up…». Il faut savoir précisément quelles compétences on compte acquérir. « Loutil en ligne ADOR comprend un questionnaire et offre des conseils d’orientation. Il permet d’obtenir un rapport sur ses motivations et ses besoins», conseille Alexandra Petrovitch-Njegosh, cheffe du centre régional d’orientation scolaire et professionnelle Région-Centre situé à Lausanne.

Recherche-t-on une formation de base ou un perfectionnement? Clarifier, c’est choisir le cours approprié. Si vous êtes par exemple responsable d’un secteur dans une entreprise et que vous souhaitez en savoir plus sur le secteur des data, il sera plus judicieux de suivre un cours en data science de lExtension school de lEPFL, destiné à des professionnels en activité et non à des étudiants issus d’un cursus mathématique spécialisé. «Cette introduction ne vous offrira pas les clés pour devenir un expert mondial du domaine, mais les connaissances de base pour être plus compétent si vous devez faire un choix dans le domaine ou discuter avec un expert», explique ainsi Pierre Dillenbourg.

Les questions à se poser: Pourquoi je souhaite me former ? Est-ce que je recherche une compétence ou une connaissance générale? Est-ce que je le fais pour le plaisir ou par réel besoin professionnel? Quels sont les besoins du secteur concerné dans ce domaine à moyen terme?

Quel investissement?

Parfois un cours ne suffit pas à maîtriser un sujet. Faut-il pour autant en suivre dix? Comme le remarque Pierre Dillenbourg, «si on suit un Mooc dans une démarche d’employabilité il est particulièrement intéressant de suivre trois ou quatre cours sur un même sujet». Sans faire de vous un expert du sujet, cette démarche vous garantira une certaine spécialisation. Enfin, quelle que soit la formule choisie, rappelez-vous que l’online ne signifie pas moins d’investissement qu’une formation ‘en présentiel’. Cours à suivre, exercices pratiques, discussions à prévoir avec un professeur… le temps d’apprentissage est au final le même. Ce qui change, c’est que vous le faites à votre rythme en fonction de vos contraintes. Prévoyez à l’avance un lieu dédié et des moments de calme pour travailler. Plutôt que de le faire tous les soirs dans son salon, il peut être plus efficace d’étudier quelques heures dans une bibliothèque le dimanche par exemple. Dans tous les cas, rigueur et persévérance seront vos meilleurs amis.

Les questions à se poser: Quel est le niveau que je souhaite atteindre ? Est-ce que je dispose du temps, des moyens, de la motivation nécessaires?

Trouver le financement

Si l’on est en emploi, un soutien de la part de son employeur peut être judicieux. «Souvent les employeurs y voient un intérêt, cela vaut toujours la peine de discuter, quitte à ce qu’il y ait une forme de redevance, par exemple la demande de ne pas quitter l’entreprise pendant un certain temps. Le soutien peut aussi être autre que financier: aménagement de temps de travail, possibilité de se former sur temps de travail, en totalité ou en partie, ce sont des choses qui valent la peine d’échanger», insiste Alexandra Petrovitch-Njegosh

Si on est à son compte, il faut se demander si son projet est réaliste, le budgéter et chercher des financements. Notez que certains frais de formation sont en principe déductibles de vos impôts. Des aides pourraient-elles vous être octroyées? Bourses, fondations et micro-crédits sont des possibilités à ne pas négliger.

Les questions à se poser: est-ce que je dispose de fonds pour financer mon projet? Quelle part de mes revenus suis-je prête à investir dans ma carrière? Est-ce que l’obtention d’un nouveau diplôme me permettra de briguer un nouveau poste ou solliciter un salaire plus élevé? Est-ce que je conditionne la réussite de ma formation à la recherche d’une nouvelle situation professionnelle?

Choisir l’institution

Les cours en ligne ou Mooc (massive online open course) sont pléthoriques. Il n’existe pas de ‘tripadvisor’ des cours en ligne à proprement parler, mais quelques sites proposent des classements (voire encadré ci-dessous). Quelques critères pour s’y retrouver. D’abord assurez-vous de la réputation de l’institution. Est-ce une école reconnue ou un nouvel arrivant sur le marché? Il y a plus de chances que le savoir-faire pédagogique soit développé dans une institution spécialisée, à l’origine, dans l’éducation. Pour autant, attention: une marque ne signifie pas tout. Certaines écoles reconnues jouent aussi de leur réputation pour vendre leurs cours très chers, conscients de la valeur de leur logo sur un CV. Mais ce n’est pas systématiquement le cas. Réfléchissez donc bien au diplôme que vous souhaitez: êtes-vous en recherche d’un titre académique, d’un certificat? «Pour s’assurer de la reconnaissance d’un diplôme en ligne par un secteur, on peut contacter les associations professionnelles et éviter ainsi de s’engager pour des milliers de francs», conseille Alexandra Petrovitch-Njegosh

A noter: Certaines institutions ont une perspective genrée dans la conception de leurs cours. «La moitié de nos cours sont conçus et portés par des femmes, c’est voulu, explique Laura Downhower, directrice exécutive de l’EPFL Extension School. Cela donne le signal qu’une femme en position d’autorité peut exister dans ce domaine traditionnellement masculin. Et que le public ciblé est aussi féminin.»

Les questions à se poser: quelle est l’expérience de l’institution concernant les cours qu’ils offrent? Combien de personnes suivent ces cours? Par qui sont-ils conçus? Une offre particulière pour professionnels a-t-elle été développée?

Le type de compétences enseignées

«Ce qui est frappant pour les femmes, c’est de constater combien elles manquent souvent de compétences pour créer des choses par elles-mêmes», note Laura Downhower. «Un recruteur demande des portfolios aux gens, des sites webs, des démonstrations de leurs projets, pas juste une série de certificats, mais des réalisations concrètes.» L’Extension School a la particularité d’apporter des compétences extrêmement pratiques. «Une femme de 35 ans active dans le marketing qui prend notre cours sur les ‘50 choses à savoir sur Internet’ aura réalisé un site web de trois pages qu’elle aura codé ligne par ligne à la fin. Pour une PME, avoir un employé qui sait faire cela change tout: cela lui évite de payer un externe à 1’000 francs pour réaliser une landing page, par exemple.» Au-delà du diplôme, le savoir-faire acquis est sans doute la chose la plus importante.

Les questions à se poser: Est-ce que cette formation propose des exercices et la possibilité de travailler sur un projet personnel? Que pourrais-je réaliser après l’avoir suivie?

La qualité du support en ligne

Cela peut paraître évident, mais bien entendu la qualité de la plate-forme d’apprentissage en ligne (ergonomie, fonctionnalité…) joue aussi. Et, pour certaines, l’esthétique jouera un rôle, parfois inconscient! On vient plus facilement à un endroit dans lequel on se sent bien et où l’on trouve facilement ce que l’on cherche. Attention cependant à ne pas être trop exigeante non plus. «Un Mooc ce n’est pas du Spielberg… La qualité visuelle est certes importante, mais ce qui compte avant tout c’est la qualité des travaux que les étudiants doivent réaliser chaque semaine!», rappelle à juste titre Pierre Dillenbourg. Et certaines fonctionnalités sont peut-être discrètes mais précieuses, telles la correction automatique des exercices, aujourd’hui surtout utilisée dans les cours informatiques «Cela permet de soumettre dix fois le bout de code qu’on vient de créer s’il n’est pas bon et d’avoir immédiatement un retour», précise Pierre Dillenbourg.

Les questions à se poser: Avec quel outil se fait la formation en ligne? Est-il accessible sur smartphone? Puis-je regarder les vidéos d’apprentissage sur smartphone? Est-ce que l’outil est ergonomique? Est-ce que les documents de cours sont facilement accessibles et transposables sur d’autres supports?

Quelle organisation vous convient ?

«Le plus dur dans un Mooc, c’est de tenir le rythme. Il ne s’agit pas que de regarder les vidéos», pointe Pierre Dillenbourg. Un cours en ligne bien conçu est évidemment adapté à son public-cible: professionnels en activité, managers surbookés qui n’ont que quelques minutes par semaine…mais cinq heures par semaine pour apprendre une nouvelles compténces n’est pas de trop.

Les questions à se poser: Combien de temps suis-je prête à investir dans cette démarche par jour, par semaine, par mois?

L’importance du support humain

On peut trouver des cours en ligne totalement gratuits… par contre, en cas de questions, vous vous retrouverez seule, ou à la merci des forums où d’autres apprenants posent des questions, et au bon vouloir de ceux qui choisissent d’apporter des retours. «Le prix est fonction du niveau d’accompagnement», résume Pierre Dillenbourg. Plus il est personnalisé, plus le prix est élevé. Mais plus grandes seront vos chances de comprendre et d’être soutenue dans votre apprentissage. «Le support est primordial. Avoir la possibilité de discuter avec le concepteur du cours, parfois de manière anonymisée, notamment si d’autres collègues professionnels suivent la même formation, est très important», remarque Laura Downhower, qui a constaté que les femmes sont souvent celles qui posent le plus de questions sur sa plate-forme.

Les questions à se poser: Qui apporte le soutien? Une personne dédiée ou la communauté d’apprenants? Un professeur ou un assistant? A quel moment? Via un forum ou un contact direct? Un feedback personnalisé est-il inclus sur des projets? Jusqu’où?

Avec qui suivre son cours en ligne ?

A priori une formation en ligne est une démarche individuelle. C’est sa force, mais aussi sa faiblesse: être seule face à ce nouveau défi est parfois démotivant. Nombre de femmes reconnaissent que si elles ne se lancent pas dans cette démarche, c’est par «crainte de ne pas y arriver». «Je travaille déjà tellement, j’aurais peur de ne plus avoir de temps pour mes enfants, ne plus gérer ma vie de couple. Je suis déjà totalement investie par mon métier et au maximum de ma charge mentale», reconnaît ainsi une cadre vaudoise.

La solution? «Trouver quelqu’un qui suit le même cours que vous. Cela rend la chose moins dure. Plus l’enseignement est difficile, plus on a besoin de ne pas le faire seul, de discuter, de s’expliquer. En général, apprendre en groupe s’avère plus efficace car on travaille deux fois le matériel. Il y a un effort de verbalisation pour expliquer et argumenter… sans compter l’effet ‘antiprocrastination’. C’est comme se donner rendez-vous pour aller courir!», assure Pierre Dillenbourg qui explique que ces moments peuvent s’organiser. «On peut négocier avec son patron que la pause-café du vendredi après-midi soit l’occasion d’avancer à plusieurs sur une formation en ligne par exemple».

Les questions à se poser: Suis-je prête à m’ouvrir et à faire confiance à un partenaire d’apprentissage? Qui serait intéressé par ma démarche et susceptible de constituer un soutien? Puis-je trouver un partenaire en entreprise, en ligne?

Quel rythme?

Evidemment l’avantage d’un Mooc est de pouvoir apprendre «où on veut quand on veut». Mais en pratique, l’EPFL a constaté que personne ne regardait de cours en ligne le vendredi soir. Par contre, «nos Moocs sont le plus regardés le dimanche en fin de matinée. Cela semble être un bon moment pour l’apprentissage», pointe Pierre Dillenbourg. De même, se dire qu’on va travailler le soir après une journée et avoir couché les enfants est-il réaliste? Tenez compte de votre réalité, de vos besoins, votre fonctionnement.

«Choisissez le rythme d’une formation en fonction de votre situation: avez-vous une famille à charge, êtes-vous en emploi, à temps plein ou partiel. Des adaptations sont-elles possibles? Par exemple réaliser ce diplôme sur trois ans au lieu de deux, ne choisir que certains modules, obtenir des validations ou des équivalences pour certains modules, peut-on être pris sur dossier et non sur diplôme?», interroge Alexandra Petrovitch-Njegosh. Cette question du rythme est essentielle pour les femmes. «Un homme qui décidera de faire une formation la fera et la mènera à bout. Les femmes vont souvent devoir continuer à faire tout ce qu’elles font par ailleurs. Un des critères essentiels pour la réussite sera donc l’adhésion et le support du conjoint, sinon la charge mentale n’en sera que plus forte», observe Alexandra Petrovitch.

Les questions à se poser: Est-ce qu’il existe un délai limite pour faire ma formation? Est-ce que l’institution demande une progression régulière ou bien puis-je valider sur plusieurs années? Est-ce qu’un soutien spécifique est prévu si je suis bloquée sur un module pendant plusieurs semaines ou bien est-ce pénalisant?

Comment valoriser cette expérience ensuite?

«Une formation, en ligne ou non, c’est une expérience de vie, la capacité de se remettre en question, mieux connaître ses forces et faiblesses, une expérience plus difficile quand on est adulte, qui demande motivation, flexibilité, capacité d’adaptation, curiosité, goût pour la formation, capacité d’apprendre… et évidemment, au final, des connaissances dans d’autres domaines», indique Alexandra Petrovitch-Njegosh Autant de choses à indiquer à un futur employeur!

Les questions à se poser: Comment parler de ma démarche ensuite? Quelles sont toutes les compétences que j’ai acquises hors du cours à proprement parler? Comment cette expérience m’-a-t-elle changée et fait de moi une professionnelle plus aguerrie?


Quelques ressources

http://www.vd.ch/orientation

Portail officiel suisse d’information de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière.

L’EPFL Extension School

L’Epfl est l’un des pionniers et leaders de l’e-learning en Europe. Ses Moocs ont connu un réel essor depuis 2012. Une centaine ont été créés depuis. L’Extension School repose sur l’expérience de ces Moocs, et offre un niveau de support important. Elle s’adresse à toute personne, même sans formation universitaire. Le titre délivré n’est pas un diplôme mais un certificat de l’EPFL ainsi que des crédits ECTS valables dans les universités privées. Le public-cible est avant tout les actifs qui ont une responsabilité de famille.

https://www.coursera.org/: l’un des leaders sinon le leader de la formation en ligne, cours gratuits ou payants.

https://fr.khanacademy.org/: la Khan Academy, association à but non lucratif, a été fondée en 2006 par l’éducateur américain Salman Khan. Son site web fournit des milliers de mini-leçons axées sur les mathématiques et la science, des contenus entièrement gratuits.

https://www.udemy.com/: plate-forme d’apprentissage online pour les adultes

https://www.coorpacademy.com/ : dirigée par l’ancien patron de Google France, cette start-up est spécialisée dans les formations d’entreprises

https://www.mooc-list.com/: un agrégateur de Moocs qui comporte aussi des commentaires et notations

Meilleurmooc.fr : un comparatif francophone de cours en ligne

https://www.class-central.com/: un agrégateur de Moocs anglophones.

Conseils