Spécial 8 mars – La Suisse est-elle en retard en matière de parité professionnelle? Notre sondage

La Suisse est en dessous de la moyenne internationale au niveau de la représentation des femmes dans les entreprises.

(SONDAGE EXCLUSIF BILAN QUALINSIGHT 5/7) Bilan et Femmes Leaders ont réalisé un sondage exclusif sur les conditions de travail des femmes actives en Suisse romande. Le cinquième volet de notre série révèle que vous êtes 55% à estimer que la Suisse n’est pas en retard en matière de parité par rapport à d’autres pays. Cependant, les femmes les plus expérimentées (+ de 50 ans), et celles de formation supérieure, ne sont pas de cet avis. Pour elles, des éléments comme les inégalités de salaires, la politique suisse, les préjugés ou encore le manque de femmes à des postes clefs, indiquent un retard de notre pays. 

Dans cet avant-dernier volet de notre série spéciale, nous nous intéressons à votre vision de la parité en Suisse par rapport aux autres pays. Si vous êtes 55% à estimer que la Suisse n’accuse pas de retard dans ce domaine, la majorité des femmes de plus de 50 ans et de formation supérieure pense que oui. Dans de nombreuses études internationales en matière de parité hommes-femmes, il faut reconnaître que la Suisse ne se distingue pas par son avance, mais plutôt par un certain retard.

Une comparaison internationale peu flatteuse pour la Suisse

Selon le dernier rapport Global Gender Gap, publié par le World Economic Forum, la Suisse est même passée de la 11ème à la 21ème place mondiale en matière de parité.

D’après une étude de référence menée par Credit Suisse, publiée fin 2016 et portant sur plusieurs milliers d’entreprises dans le monde, la Suisse est en dessous de la moyenne internationale au niveau de la représentation des femmes dans les entreprises, avec 14,6% des femmes dans les conseils d’administration (CA), contre une moyenne mondiale de 14,7%. D’autres pays en Europe font beaucoup mieux: une dizaine de pays sont au dessous de 20%, avec même trois au-dessus de 30% (Italie, Suède et France) et la Norvège à plus de 40%.

Ceci est d’autant plus inquiétant que la Suisse a relativement peu évolué ces dernières années, quand d’autres pays ont pris de l’avance. Toujours d’après cette étude, entre 2010 et 2015, la France est passée d’environ 15% à plus de 30% de femmes dans les CA. L’Italie de 5% à plus de 30%, la Belgique et les Pays-Bas, d’environ 15% à plus de 25%. La Suisse, elle, est seulement passée de 8,6% à 14,6%. Un mouvement dans la bonne direction, mais pas assez rapide.

 

 

Au niveau du top management des entreprises, la comparaison n’est gère plus flatteuse, la Suisse se situant dans le bas du tableau avec un taux de 6,8%, contre une moyenne internationale à 13,8%. Dans ce cas, ce ne sont pas les pays européens qui sont en tête mais plutôt les asiatiques. Les pourcentages sont structurellement moins élevés que dans les CA, mais on on trouve tout de même près d’une vingtaine de pays avec des taux au-dessous de 15%.

Le conservatisme suisse freine la parité

Karin Priarollo constate également ce retard de la Suisse. Celle qui dirige les ressources humaines pour la région EMEA de la multinationale PPG Industries depuis son siège européen à Rolle (Vaud), a par ailleurs travaillé dans plusieurs pays, notamment en Asie. 

«Etre une femme active en Suisse reste un challenge. Bien que de plus en plus de femmes soient diplômées d’universités et hautes écoles, cela ne se traduit pas par une meilleure mobilité dans le monde du travail». D’après son expérience personnelle et en tant que spécialiste des ressources humaines, les principales raisons à ces freins sont d’ordre sociétal et pratique. «La Suisse reste un pays traditionnel et conservateur, où les femmes ne sont pas encouragées ou véritablement soutenues pour concilier vie de famille et carrière professionnelle. L’accueil des enfants y est difficilement accessible et leurs coûts incroyablement élevés. Le syndrome de la “mauvaise mère” reste aussi une réalité, et le monde scolaire et des entreprises évoluent peu. La liste est longue».

Comment réagir ?

Pour Karin Priarollo, la Suisse doit se réveiller et reconnaître qu’elle se coupe du potentiel économique des femmes, et qu’il s’agit d’une problématique au niveau de l’ensemble de la société et non au niveau individuel. Pour elle, il faut mettre en place des structures plus inclusives, permettant aux femmes de participer davantage au monde du travail. «Parents, écoles et entreprises doivent aussi encourager les filles à explorer davantage les matières scientifiques et techniques dès le plus jeune âge et dans une plus large mesure».

Au niveau individuel, les femmes doivent aussi se libérer de leurs propres barrières selon elle. «En tant que femmes, nous devons avancer et repousser les frontières, se soutenir mutuellement et ne pas se sentir contraintes par ce que la société peut attendre de nous, mais vivre en accord avec nos aspirations».

Une radiographie détaillée de la parité dans les entreprises suisses montre une évolution contrastée

Au-delà des grandes études internationales, le site www.business-monitor.ch vient de publier un rapport sur les inégalités entre les sexes à la direction des sociétés suisses. L’étude se base sur la totalité des 900’000 entreprises du pays et des chiffres réels de janvier 2018 et non pas des estimations basées sur des échantillons, précise l’entreprise.

On y apprend que parmi les 1’373’000 rôles décisionnels inscrits au registre du commerce, 23,6% sont occupés par des femmes, contre 76,4% par des hommes. Les CA des sociétés anonymes sont composés de 16,8% de femmes et de 83,2% d’hommes.

L’entreprise précise encore qu’en dix ans, la situation s’est légèrement améliorée dans ces entreprises puisque le taux en janvier 2008 était de 14,8%. L’augmentation est plus marquée au sein des directions opérationnelles, où la proportion de femmes est passée de 20,2% en janvier 2008, à 25,5% en janvier 2018, ce qui est plutôt réjouissant.

Toutefois, au sein des Sàrl, représentant en général des PME plus petites, la proportion de femmes a diminué dans cette même période, passant de 29,3% à 27,1% en dix ans, tous rôles confondus. C’est en particulier le rôle d’associé(e) (propriétaire de l’entreprise) qui a baissé, passant de 30,6% à 27,4%.

Moins de femmes au sein des directions d’entreprises en Suisse romande comparé à la Suisse alémanique

Enfin, l’étude montre que des différences notables apparaissent entre les cantons. En moyenne, les rôles décisionnels (tous types d’entreprises confondus) au sein des entreprises établies dans les cantons romands (20,6%), sont moins souvent détenus par des femmes que dans les cantons alémaniques (24,5%).

Dans le canton du Tessin, ce chiffre atteint 24,2%, et dans le canton des Grisons, la proportion de femmes est de 24,9%. Fribourg est le canton où les femmes sont le moins bien représentées (19,6%), alors que le canton d’Argovie est celui où elles le sont le mieux (26,3%).


Engagement de Femmes Leaders et méthodologie du sondage

Reflet de l’engagement de Femmes Leaders pour améliorer les conditions de travail des femmes, nous avons mandaté un institut de sondage indépendant pour analyser la situation en Suisse romande. Les résultats complets du sondage seront publiés sur notre site internet le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Dans l’intervalle, nous partageons avec vous les éléments phares, analyses et réactions.

Cette enquête exclusive a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 300 femmes âgées de 18 à 65 ans, actives professionnellement (à temps partiel ou à temps plein), vivant en Suisse romande. L’enquête a été menée auprès du panel de consommateurs romands votre-opinion.ch, appartenant à la société d’études Qualinsight, établie à Lausanne. La marge d’erreur sur cet échantillon est de +/- 5,7% pour un niveau de confiance à 95%. Ces femmes ont été interrogées au moyen d’un questionnaire auto-administré en ligne entre le 8 et le 11 février 2018.

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