Cinq raisons de mieux connaître Emma Gonzalez

Emma Gonzalez, une femme à l'origine d'un vaste mouvement de contestation de la toute-puissante NRA aux Etats-Unis.
Emma Gonzalez, une femme à l'origine d'un vaste mouvement de contestation de la toute-puissante NRA aux Etats-Unis.

Depuis le 14 février et la tuerie de Parkland, son visage, ses mots et ses silences, sa colère et ses combats sont au centre d’un mouvement de société inédit aux Etats-Unis. Pour la première fois en plus de deux siècles, le 2e amendement qui garantit aux citoyens américains le droit de porter des armes est largement remis en cause. Et c’est une femme, jeune, lycéenne, fille d’immigrés cubains, bisexuelle et artiste, qui a pris la tête de cette mobilisation.

1.C’est une femme militante

Emma Gonzalez, figure du mouvement anti-armes.

Emma Gonzalez, figure du mouvement anti-armes.

Dans l’histoire des Etats-Unis, les grandes mobilisations ont souvent été menées par des figures masculines. L’abolitionnisme au XIXe siècle? Porté par William Lloyd Garrison. Le mouvement des droits civiques? Mené par Martin Luther King. Mouvement pacifiste des années 1960? Incarné par Staughton Lynd. Les droits des homosexuels? Harvey Milk a personnifié ce mouvement. Pourtant, des femmes ont souvent joué un rôle inspirant comme Joan Baez ou Jane Fonda contre la Guerre du Vietnam, Harriet Beecher Stowe (auteur de la Case de l’oncle Tom) pour l’abolitionnisme ou Rosa Parks pour les droits civiques. Mais aucune, -hormis tout récemment les femmes qui ont lancé #metoo- n’est devenue à ce point le visage et la porte-parole revendiquée et reconnue d’un large mouvement populaire.

En prenant la parole dès le 17 février à Fort Lauderdale (Floride), soit trois jours après la tuerie intervenue au lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, dont elle était une rescapée, Emma Gonzalez a marqué les esprits : «A tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous », a-t-elle notamment lancé, visant nommément le président Trump et les 30 millions de dollars reçus du lobby des armes, la NRA. «Si le Président me dit en face que c’était une terrible tragédie et qu’on ne peut rien y faire, je lui demanderai combien il a touché de la National Rifle Association [NRA, le puissant lobby américain des armes à feu]. Je le sais : 30 millions de dollars! Et divisé par le nombre de victimes par balles aux Etats-Unis en 2018 seulement, cela fait 5 800 dollars. C’est ce que valent ces gens pour vous, Trump?»

Un discours qui aurait pu rester unique et rejoindre les écrits de Harriet Beecher Stowe ou les chansons de Joan Baez. Mais l’activisme de la jeune lycéenne n’a pas diminué depuis lors : elle continue de militer, de marcher en tête des cortèges du mouvement populaire ou de prononcer des discours. Son dernier en date, le 24 mars à Washington, lors de la « Marches pour nos vies », au cours duquel elle a scandé les noms des 17 victimes de Parkland avant de fixer les centaines de milliers de manifestants pendant plus de quatre minutes en silence. Et son compte Twitter est éloquent par les messages qu’elle poste.

2.Elle se distingue par son image

Crâne rasé, veste militaire, peu voire pas maquillée : bien avant les tragiques événements de février, la jeune fille marquait déjà sa différence au lycée Marjory Stoneman Douglas. «J’ai décidé de me couper les cheveux parce que c’était trop pénible. Ça me tenait chaud tout le temps, c’était gênant et vraiment lourd. Ça m’en donnait des maux de tête. Et c’était cher à entretenir donc j’ai décidé de ne plus avoir à m’en soucier. Plus mes parents ont refusé, plus j’ai voulu sauter le pas», expliquait-elle fin janvier sur la page Instagram de l’établissement scolaire, ajoutant qu’«en Floride, les cheveux c’est comme un pull qu’on est obligé de porter». Un choix purement pratique et non esthétique ou militant à la base qui la distingue de la masse des jeunes filles américaines. Elle s’était même filmée se rasant le crâne et avait diffusé la vidéo sur les réseaux (la vidéo cumule plus d’un million de vues).

Quant à son style vestimentaire, lui aussi semble hors des modes et des courants actuels. Pantalons larges, vestes militaires avec des insignes pacifistes : son apparence semble tout droit sortie des mouvements pacifistes de la fin des années 1960. Mais là aussi, elle affirme ne pas revendiquer d’appartenance politique avec ce style mais juste le choisir car il est simple, pratique et confortable.

3.Elle revendique sa différence

Pour Harpers Bazaar, Emma Gonzalez se définit ainsi : « My Name is Emma González. I’m 18 years old, Cuban and bisexual. I’m so indecisive that I can’t pick a favorite color, and I’m allergic to 12 things. I draw, paint, crochet, sew, embroider—anything productive I can do with my hands while watching Netflix» (« Mon nom est Emma Gonzalez. J’ai 18 ans, je suis Cubaine et bisexuelle. Je suis si indécise que je ne peux dire quelle est ma couleur préférée, et je suis allergique à douze choses. Je dessine, peins, fais du crochet, couds, brodes – tout ce que je peux faire de productif avec mes mains pendant que je regarde Netflix »).

Dans une Amérique où les immigrés latinos sont souvent encore des citoyens de seconde zone, dans une Amérique où certains artistes adoptent des patronymes anglo-saxons pour percer auprès du grand public (même si Lana Del Rey, de son vrai nom Elizabeth Woolridge Grant, a initié un mouvement inverse), dans une Amérique trumpienne où les WASPs se sentent investis de la mission de guider la société, c’est une fille d’immigrés cubains qui s’affirme et revendique sa place.

Alors que l’administration Trump cherche à restreindre les droits des personnes LGBTQ, Emma Gonzalez affirmait dès l’automne 2017 dans la revue de son lycée ses choix personnels et son militantisme dans ce domaine, elle qui est présidente de l’association gay de son établissement: «Nous sommes une petite structure locale, mais je pense qu’il est important d’ouvrir les consciences à tous les niveaux, pour que le futur de tous soit amélioré… Ce qui s’est passé en Egypte craint et je veux que tout le monde sache que nous sommes solidaire de nos frères et sœurs qui sont oppressés là-bas», écrivait-elle en réaction à l’emprisonnement de militants gays en Egypte.

4.Elle utilise à merveille les outils numériques

Twitter, Instagram, Facebook mais aussi les autres réseaux sociaux. Et surtout leurs codes. Emma Gonzalez a parfaitement saisi comment toucher le plus grand nombre en utilisant la force des images et du numérique pour faire passer son message. Militante mais aussi active dans des publications de son école ou de ses réseaux, elle sait utiliser les slogans et les phrases chocs, dont sa célèbre anaphore «We call BS !» («Nous répondons: connerie !», BS pour bullshit) qu’elle a scandé dès son discours du 17 février, quand elle évoquait les raisons souvent avancées pour ne pas restreindre le droit du port d’armes. Une anaphore devenue le slogan des manifestants des semaines écoulées aux Etats-Unis.

De même, son silence de plus de quatre minutes sur la scène de Washington à la fin de la litanie des victimes du 14 février, pour que son intervention sur le podium atteigne six minutes et vingt secondes (le temps de la tuerie de Parkland) a marqué les esprits. Nombre de stars et de personnalités publiques américaines ont déjà salué son action, à l’instar de Reese Witherspoon sur Twitter (ci-dessous) ou encore des pancartes qui réclament sa candidature à la Maison Blanche dans 17 ans… quand la jeune femme aura atteint l’âge minimal pour briguer la présidence américaine (35 ans).

Dans les médias traditionnels, elle a déjà réussi son pari: invitée dans les plus grands talks américains pour évoquer le sujet de la législation sur les armes, elle  placé ce thème mais aussi elle-même et plusieurs camarades en Une de Time.

5.Elle a déjà acquis un poids politique

Si les slogans de la foule qui réclame sa candidature dans les années 2030 pour la Maison Blanche tiennent davantage de l’incantation que de la volonté des partis, incontournables aux Etats-Unis, Emma Gonzalez est d’ores et déjà devenue une icône pour le pays. Dès ses premiers discours, elle a été violemment attaquée par le lobby pro-armes et des internautes qui l’ont violemment critiquée voire menacée sur les réseaux sociaux. Des montages ont même circulé de la lycéenne déchirant la constitution américaine… alors que la photo d’origine la montrait déchirant une cible d’un stand de tir.

Mais la preuve de son importance réside dans le renoncement politique observé voici quelques jours. Leslie Gibson, candidat à la Chambre des représentants de l’Etat du Maine, a attaqué la jeune femme en la qualifiant de «lesbienne skinhead» dans un tweet. Même si son parti est largement pro-armes et réticent à toute mesure de contrôle, Leslie Gibson a été tellement critiquée pour son expression qu’elle a dû renoncer à la candidature.

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