Prendre la parole en public

Non contrôlé, votre corps peut parasiter votre message. DR Flickr-Tamaki Sono.
Non contrôlé, votre corps peut parasiter votre message. DR Flickr-Tamaki Sono.

De la sacro-sainte présentation PowerPoint au discours de fin d’année, de la visite d’entreprise au ‘elevator pitch’, savoir faire passer un message devant une audience est une compétence-clé en milieu professionnel. Conseils par des femmes pour des femmes.

Prendre la parole devant un auditoire, c’est se tourner vers l’autre. A la fois simple…et terriblement compliqué, notamment en tant que femme. Pourquoi ? Notre éducation et notre culture nous apprennent en principe plutôt…à nous effacer. Ainsi, «en Suisse romande, les femmes sont naturellement enclines à parler moins fort, ne pas faire trop de bruit ou prendre trop de place, être souriantes et serviables. Bien entendu cela s’atténue aujourd’hui, mais le passé laisse des traces tenaces», observe Virginie Pilault, journaliste qui a lancé CommL pour accompagner les femmes dans leurs prises de paroles publiques.

Autre difficulté: le monde professionnel en lui-même, qui même si il évolue, reste construit sur un modèle patriarcal et sexiste, où l’on pardonne souvent moins de choses à une femme qu’un homme, et où ces derniers n’hésitent pas à prendre toute la place –mansplaining et manterrupting restent chose courante-. «Pour avoir mené des débats, je l’ai constaté fréquemment, et dans ce contexte, c’est très dur d’aller ‘chercher’ l’interlocutrice féminine pour lui permettre de s’exprimer», complète Virginie Pilault.

Enfin, le plus grand obstacle reste souvent…soi-même ! Le dénigrement constant («ma tenue n’est pas bien, ma voix n’est pas charismatique, je vais faire des erreurs »), la pression que l’on se met («je ne suis pas assez bien préparée, j’aurais dû répéter trois fois… »), les objectifs inatteignables que l’on se fixe (« ne pas bafouiller sur une heure de présentation… »). Une petite voix à faire taire à tout prix, et qui devrait disparaître avec nos conseils…ou tout simplement avec le temps.

«La prise de parole, c’est comme le sport. Plus on pratique, plus on progresse. Plus on prend la parole, plus on est sûr de soi», assure Virginie Pilault. S’il n’y avait donc qu’un seul conseil, ce serait de prendre la parole en public dès que l’occasion se présente, c’est-à-dire dès qu’une assemblée dépasse quatre personnes. Même si on n’a rien à dire? «Il est extrêmement rare que l’on n’ait absolument rien à dire sur le sujet d‘une réunion à laquelle on assiste. Observez vos voisins ou collègues masculins: ils n’hésitent pas à s’exprimer, quitte à redire ce qui a déjà été dit, mais d’une autre manière», affirme Virginie Pilault.

Et avant tout, lisez bien ces quelques conseils!

"Le regard doit toujours être périphérique et ciblé", conseille Margarita Sanchez . DR

“Le regard doit toujours être périphérique et ciblé”, conseille Margarita Sanchez . DR

1-Il ne suffit pas de maîtriser son sujet

Évidemment, bien connaître son dossier, son sujet, avoir travaillé le message que l’on veut faire passer, être à l’aise avec le vocabulaire est important, et évidemment crucial. Mais dites-vous que si vous avez été sollicitée, c’est que vos compétences sont déjà reconnues. Et rappelez-vous qu’en communication «7% du message passe dans les mots, 55% via le corps et 38% par les intonations», comme le rappelle Margarita Sanchez Jurado, comédienne et chargée de cours en dramaturgie pour le monde professionnel à HEC Lausanne. Au lieu de ‘sur préparer’ votre message, passez aussi du temps pour être à l’aise avec votre corps, qui est un outil essentiel de communication.

2-La posture, la posture, rien que la posture

Elle est centrale. C’est elle qui vous donnera de l’assurance, influencera votre respiration, votre voix, aidera votre public à rester centrée sur vos propos. La position ‘de base’ pour maximiser son efficacité ? «Être debout, centrée, les bras le long du corps, la tête droite», conseille Margarita Sanchez Jurado. Vous pourrez bien entendu varier ou adapter selon la situation. Mais l’utiliser d’entrée de jeu, pour établir le premier contact avec votre auditoire est une bonne option. On peut ensuite croiser les jambes, s’asseoir sur un bureau, une chaise ou même marcher de long en large. Mais pas avant de s’être ainsi ‘posée’ quelques secondes pour démarrer.

 3-Ne pas lire ses notes

Les discours, notamment longs, sont un cas particulier. Mais en général, mieux éviter de passer tout votre temps de parole le nez sur vos notes à lire mot à mot. La solution ? «Mémorisez les 30 premières secondes», conseille Margarita Sanchez Jurado, histoire de vous concentrer sur votre respiration, votre position. Et puis pour le reste, parlez librement de préférence. Peur d’oublier quelque chose? Privilégiez une liste de mots-clés sur un ou des petits cartons de la taille de vos mains.

4-Les trente premières secondes

Elles sont importantes voire essentielles pour convaincre votre audience, lui donner envie d’en savoir plus,

Virginie Pilault conseille de s’entraîner à parler en public autant que possible. DR

donner le ton de votre présentation. «Concentrez-vous à ce moment-là sur votre respiration, essayez d’avoir une excellente articulation vocale», conseille Margarita Sanchez Jurado. Pour cela, positionnez-vous dans votre posture centrée, accordez-vous une respiration, quelques millisecondes de silence et d’immobilité, presque hypnotiques, qui permettent de capter l’auditoire et… «évitez toute manifestation de stress», conseille la comédienne. Le but? «Être neutre, pour que l’auditoire ne soit pas déconcentré. Il ne doit avoir qu’à regarder et entendre pour bien comprendre ce qu’on a à dire», précise Margarita Sanchez Jurado.

5-Éviter les gestes inutiles

Le corps, encore et toujours. Souvenez-vous que lorsqu’il est bien utilisé, il contribue à faire passer votre message. Mais non contrôlé, il peut aussi totalement le parasiter. Parmi les gestes parasites : «se toucher les cheveux, les yeux, la langue… », remarque Margarita Sanchez Jurado. Évitez-les concentrez-votre énergie dans votre voix et votre message, surtout au début.

Par la suite, ne bannissez pas toute gestuelle ou accessoire: au contraire, servez-vous en pour appuyer vos propos. «Vos mains et vos bras sont des ailes, votre port de tête un atout», poursuit l’experte. Elle pointe l’intérêt des ‘poses charismatiques’: suspendre un mouvement durant quelques millisecondes pour accompagner la parole. Les accessoires aussi peuvent être utilisés, si ils ne brouillent pas le message «on peut pointer du doigt, jouer avec un stylo, une télécommande… tant qu’il s’agit de quelque chose de conscient, et la manifestation d’un stress intérieur. Si on tire sur sa chemises sans arrêt, le public ne regardera que cela et vous perdrez tout le monde.»

6-Oser regarder

Le regard, c’est votre force, il est essentiel ! Lever les yeux aide tout simplement à faire porter sa voix. Mais aussi à inclure son audience. Comment l’utiliser? «Le regard doit toujours être périphérique et ciblé. Il faut scanner tout le monde puis poser yeux sur quelqu’un, pas avec insistance évidemment, mais regarder posément. Cela demande d’avoir un peu de courage! Puis penser à scanner l’auditoire, comme si c’était un éventail: le regard se pose, au milieu au centre, en bas à droite, et ainsi de suite», poursuit Margarita Sanchez Jurado.

7-Trouver sa source d’énergie

«La posture neutre peut être fatigante au début, car on n’en a pas l’habitude», remarque Margarita Sanchez Jurado, qui soutient pourtant que c’est celle qui offre «une énergie qui circule sans arrêt». Son équivalent ‘assis’ revient à s’asseoir sur l’extrême bord de sa chaise, la colonne verticale droite, un pied au sol et l’autre aussi mais positionné légèrement devant le premier, comme si on était prêt à se lever d’un coup.

Sur ces deux bases, trouvez les gestes, postures ou attitudes qui vous correspondent. On peut croiser les bras ou les jambes, parce que ces gestes sont une marque d’attention et de concentration. Mais il faut veiller à éviter les gestes qui donnent une attitude fermée : épaules qui s’affaissent, les jambes repliées vers l’intérieur de soi. «Les femmes qui sont stressées ont tendance à se replier sur elles-mêmes. Les hommes, c’est l’inverse: ils écartent les jambes, posent les mains sur les hanches !», remarque la professionnelle.

8-Se servir de son unicité

Pour faire passer votre message, soyez vous-même. Facile à dire après tous ces conseils plutôt ‘techniques’ me direz-vous. Mais l’idée, comme mentionné plus haut, c’est de s’entraîner à prendre la parole le plus souvent possible, pour que ces réflexes deviennent un automatisme. Et sur cette base plutôt ‘neutre’, à vous d’apporter «vos couleurs», comme l’explique Margarita Sanchez Jurado. Son conseil? «Transformer ce que l’on fait en passion. Et se souvenir pourquoi on le fait.» Ne vous inquiétez pas si votre maquillage coule un peu sous l’émotion, si vos expressions ou mimiques laissent entrapercevoir quelques rides. «Quand quelqu’un s’exprime avec émotion ou passion, il convainc de suite», remarque Margarita Sanchez Jurado. A condition de ne pas être «dans tous ses états, mais dans un état»… que vous aurez voulu, pensé et préparé.


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