Parité: vers des quotas dans les comités exécutifs?

Laurence Parisot a fondé JamaisSansElles, avec l’objectif d’encourager la représentation des femmes dans ces événements. (Photo Thomas Samson-AFP)

Laurence Parisot s’est engagée dès le début des années 2000 pour l’inscription des quotas dans la loi française. Effective dans les conseils d’administrations depuis l’an dernier dans ce pays, la prochaine étape logique, selon elle, consisterait à étendre ce principe dans les comités exécutifs, qui dirigent l’opérationnel des entreprises. Elle s’engage également pour la représentation des femmes dans l’économie et les médias. Rencontre à Lausanne.

Vous avez co-fondé il y a un peu plus d’un an le mouvement JamaisSansElles. Quels sont les objectifs de cette association?

Ce mouvement est né de manière spontanée, presque naturelle, à l’issue d’une discussion entre amis. Nous constations qu’il y avait de nombreuses conférences, réunions et panels de discussions à Paris, qui étaient composés exclusivement d’hommes. Et notamment dans les technologies, qui sont pourtant censées incarner la modernité! Nous nous sommes dit qu’il fallait agir, et avons décidé de créer l’association JamaisSansElles, avec l’objectif d’encourager la représentation des femmes dans ces événements. Il y a aujourd’hui près de 150 signataires entrepreneurs, politiques ou universitaires, qui s’engagent à ne pas participer à un événement si aucune femme n’y est représentée. 

Vous avez reçu le soutien de beaucoup d’hommes dès le départ, c’est exact?

Les membres fondateurs sont des hommes et nous avons reçu de nombreux soutiens masculins en effet. Le bureau de l’association est d’ailleurs paritaire et nous avons un conseil féminin. L’idée est de s’appuyer sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux pour encourager les bonnes pratiques, avec un critère simple, objectif et incontestable: la présence des femmes ou non. Les entreprises et administrations sensibles à la parité nous contactent aujourd’hui pour des conseils, et considèrent que nous sommes un label. Nous sommes dans une logique de mettre en avant les meilleurs comportements, plutôt que de dénoncer ou d’être agressif.

Dans un discours de l’association, vous avez pourtant eu ces mots assez forts : ‘ce nouveau féminisme se déploie avec l’exigence et la radicalité des mouvements révolutionnaires. Il est absolu et ne tolère pas les demi-mesures’ . Quels conseil souhaitez-vous donner aux femmes? 

Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il est nécessaire d’avoir des critères fiables et mesurables pour faire avancer les choses. Et aussi qu’il y a des situations que l’on ne peut pas accepter. La présence des femmes dans l’économie et les entreprises doit être valorisée. Plus globalement, la parité est une problématique universelle et millénaire, et nous sommes à un tournant. J’ai prononcé ce discours bien avant l’affaire Weinstein, et quoi qu’on en pense, le féminisme actuel est très intense et déterminé. Dès que ce mouvement a une «prise de guerre», comme Weinstein l’incarne, il étend sa conquête. Nous sommes en train de gagner une place et un respect comme nous n’en avons jamais eu. 

Votre position sur les quotas a évolué ces dernières années. Pensez-vous qu’ils soient le seul moyen d’atteindre l’égalité professionnelle?

Je dois dire il m’a fallu un certain temps pour repérer et analyser la misogynie. J’étais parfois étonnée ou mal à l’aise face à tel ou tel comportement, sans tout de suite l’identifier. Puis avec l’expérience, j’ai constaté qu’il y avait toujours des réflexes teintés d’un certain machisme qui revenaient, conscients ou inconscients, et que si on voulait progresser, on ne pouvait pas attendre cent ans de plus… Il se trouve que l’un des outils pour progresser rapidement est justement celui des quotas. J’ai commencé à suggérer ces idées publiquement en 2005 et le principe a été inscrit dans la loi française en 2011, exigeant 40% de femmes dans les conseils d’administrations (CA) des grandes entreprises dès janvier 2017.

Que répondez-vous à ceux ou celles qui s’opposent aux quotas, arguant que les femmes issues des quotas peuvent être déconsidérées, ou qu’il n’y a pas assez de femmes pour des postes à haute responsabilité?

Avec recul de ces dernières années je constate que cela a fait beaucoup de bien au sommet des entreprises! Tous admettent que la mixité dans les CA leur a beaucoup apporté et pour moi les premiers bilans sont très positif. Les CA ne sont plus des vieux club anglais, il y a aujourd’hui plus de débat et de manières de penser différentes, ce qui est essentiel dans un monde qui évolue rapidement. Un groupe composé exclusivement d’hommes sera moins porté sur les questions d’intelligence émotionnelle ou culturelle par exemple, et ne priorisera pas les enjeux de la même façon par exemple. La prochaine étape est d’aller vers des quotas dans les comités exécutifs. Pour l’instant cette idée choque encore, mais cela serait une suite logique pour moi. 

On a beaucoup parlé du harcèlement en 2017, comment faire en sorte que ces comportements ne se reproduisent plus dans les entreprises. Quels conseils donnez-vous aux femmes ? 

Cette question se joue sur tous les terrains, en commençant par celui de l’éducation, qui est fondamental. Les reproductions culturelles sont très fréquentes et il faut absolument qu’à l’école, tout comme dans les familles, l’importance donnée au respect des femmes et de la parité soit expliquée et illustrée. Il est évident qu’il y a aussi des problématiques économiques et des jeux de pouvoir. C’est aussi pour cela qu’il faut progresser le plus vite possible dans la parité aux niveaux politique et économique. Enfin, au niveau individuel, il faut repousser systématiquement et fermement ces comportements. J’ai moi-même vécu cela et j’ai eu un réflexe de rejet immédiat. J’ai conscience que cela n’est pas toujours facile, mais il est important d’exprimer un refus le plus ferme possible, c’est déterminant.

Vous avez co-fondé il y a un peu plus d’un an le mouvement JamaisSansElles. Quels sont les objectifs de cette association?

Ce mouvement est né de manière spontanée, presque naturelle, à l’issue d’une discussion entre amis. Nous constations qu’il y avait de nombreuses conférences, réunions et panels de discussions à Paris, qui étaient composés exclusivement d’hommes. Et notamment dans les technologies, qui sont pourtant censées incarner la modernité! Nous nous sommes dit qu’il fallait agir, et avons décidé de créer l’association JamaisSansElles, avec l’objectif d’encourager la représentation des femmes dans ces événements. Il y a aujourd’hui près de 150 signataires entrepreneurs, politiques ou universitaires, qui s’engagent à ne pas participer à un événement si aucune femme n’y est représentée. 

Vous avez reçu le soutien de beaucoup d’hommes dès le départ, c’est exact?

Les membres fondateurs sont des hommes et nous avons reçu de nombreux soutiens masculins en effet. Le bureau de l’association est d’ailleurs paritaire et nous avons un conseil féminin. L’idée est de s’appuyer sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux pour encourager les bonnes pratiques, avec un critère simple, objectif et incontestable: la présence des femmes ou non. Les entreprises et administrations sensibles à la parité nous contactent aujourd’hui pour des conseils, et considèrent que nous sommes un label. Nous sommes dans une logique de mettre en avant les meilleurs comportements, plutôt que de dénoncer ou d’être agressif.

Dans un discours de l’association, vous avez pourtant eu ces mots assez forts : ‘ce nouveau féminisme se déploie avec l’exigence et la radicalité des mouvements révolutionnaires. Il est absolu et ne tolère pas les demi-mesures’ . Quels conseil souhaitez-vous donner aux femmes? 

Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il est nécessaire d’avoir des critères fiables et mesurables pour faire avancer les choses. Et aussi qu’il y a des situations que l’on ne peut pas accepter. La présence des femmes dans l’économie et les entreprises doit être valorisée. Plus globalement, la parité est une problématique universelle et millénaire, et nous sommes à un tournant. J’ai prononcé ce discours bien avant l’affaire Weinstein, et quoi qu’on en pense, le féminisme actuel est très intense et déterminé. Dès que ce mouvement a une «prise de guerre», comme Weinstein l’incarne, il étend sa conquête. Nous sommes en train de gagner une place et un respect comme nous n’en avons jamais eu. 

Votre position sur les quotas a évolué ces dernières années. Pensez-vous qu’ils soient le seul moyen d’atteindre l’égalité professionnelle?

Je dois dire il m’a fallu un certain temps pour repérer et analyser la misogynie. J’étais parfois étonnée ou mal à l’aise face à tel ou tel comportement, sans tout de suite l’identifier. Puis avec l’expérience, j’ai constaté qu’il y avait toujours des réflexes teintés d’un certain machisme qui revenaient, conscients ou inconscients, et que si on voulait progresser, on ne pouvait pas attendre cent ans de plus… Il se trouve que l’un des outils pour progresser rapidement est justement celui des quotas. J’ai commencé à suggérer ces idées publiquement en 2005 et le principe a été inscrit dans la loi française en 2011, exigeant 40% de femmes dans les conseils d’administrations (CA) des grandes entreprises dès janvier 2017.

Que répondez-vous à ceux ou celles qui s’opposent aux quotas, arguant que les femmes issues des quotas peuvent être déconsidérées, ou qu’il n’y a pas assez de femmes pour des postes à haute responsabilité?

Avec recul de ces dernières années je constate que cela a fait beaucoup de bien au sommet des entreprises! Tous admettent que la mixité dans les CA leur a beaucoup apporté et pour moi les premiers bilans sont très positif. Les CA ne sont plus des vieux club anglais, il y a aujourd’hui plus de débat et de manières de penser différentes, ce qui est essentiel dans un monde qui évolue rapidement. Un groupe composé exclusivement d’hommes sera moins porté sur les questions d’intelligence émotionnelle ou culturelle par exemple, et ne priorisera pas les enjeux de la même façon par exemple. La prochaine étape est d’aller vers des quotas dans les comités exécutifs. Pour l’instant cette idée choque encore, mais cela serait une suite logique pour moi. 

On a beaucoup parlé du harcèlement en 2017, comment faire en sorte que ces comportements ne se reproduisent plus dans les entreprises. Quels conseils donnez-vous aux femmes ? 

Cette question se joue sur tous les terrains, en commençant par celui de l’éducation, qui est fondamental. Les reproductions culturelles sont très fréquentes et il faut absolument qu’à l’école, tout comme dans les familles, l’importance donnée au respect des femmes et de la parité soit expliquée et illustrée. Il est évident qu’il y a aussi des problématiques économiques et des jeux de pouvoir. C’est aussi pour cela qu’il faut progresser le plus vite possible dans la parité aux niveaux politique et économique. Enfin, au niveau individuel, il faut repousser systématiquement et fermement ces comportements. J’ai moi-même vécu cela et j’ai eu un réflexe de rejet immédiat. J’ai conscience que cela n’est pas toujours facile, mais il est important d’exprimer un refus le plus ferme possible, c’est déterminant.

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