«Les opportunités pour les femmes sont plus nombreuses dans les conseils d’administration de PME que dans les grandes sociétés»

Catherine Frioud: "J’ai développé une grande capacité à travailler en groupe et je me nourris de l’apport des autres. "
Catherine Frioud: "J’ai développé une grande capacité à travailler en groupe et je me nourris de l’apport des autres. "

Parce que plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.  Cette semaine rencontre avec Catherine Frioud Auchlin, co-propriétaire et directrice administrative de la société Auchlin SA, spécialisée dans le polissage de pièces pour l’horlogerie ou l’industrie.

Economiste d’entreprise, elle co-dirige depuis presque trente ans l’entreprise familiale basée à La Neuveville (Jura bernois). Cheffe d’entreprise et cheffe de famille, elle est également cheffe de parti politique : présidente du Forum Neuvevillois depuis 2009, elle a été présidente du Conseil général de La Neuveville. Catherine Frioud Auchlin encourage les femmes à investir la vie politique et économique, et siège aujourd’hui au sein de plusieurs conseils d’administration ou de fondation.

Comment êtes-vous devenue administratrice ?

Le premier conseil d’administration que j’ai mis en place a été celui de l’entreprise familiale. A un moment donné de notre croissance, il m’a semblé nécessaire de m’entourer d’avis externes. J’ai ensuite été sollicitée pour rentrer dans le conseil de fondation d’un home pour personnes âgées. Un mandat en appelant un autre, et sans doute parce que j’avais un mandat politique et que j’étais cheffe d’entreprise, on m’a alors proposé de rejoindre plusieurs autres conseils.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction, les compétences que vous avez développées ?

Même si l’on m’attribue généralement des compétences financières, j’ai eu la chance de toucher à tous les domaines. Ma force, c’est donc non seulement mon expérience de dirigeante, mais surtout cet effet levier que mes compétences ont sur celles des autres (et vice versa). J’ai développé une grande capacité à travailler en groupe et je me nourris de l’apport des autres. On dit que seul on va plus vite, mais qu’ensemble, on va plus loin… c’est tellement vrai ! On définit ensemble des objectifs et ensuite, chacun peut amener son point de vue et son expérience. On peut faire tellement de choses quand il y a une bonne synergie de groupe.

Quels sont les moyens dont vous usez pour faire passez vos convictions en tant qu’administratrice ?

Quand je siège dans un conseil, j’essaie à chaque fois d’être à l’écoute des besoins, d’être réaliste, cohérente et sincère. Comme je suis passionnée, je pense être écoutée. Je suis parfois un élément de médiation, parfois un élément d’encouragement. Je sais par ailleurs la solitude qu’on ressent quand on dirige une entreprise, donc j’essaie d’être le plus présente possible. Toujours dans la bienveillance et là, les convictions passent mieux.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, le challenge que vous avez connu ?

Les challenges les plus intéressants – je ne dirais pas difficiles – ont été d’accompagner des mutations et de trouver la bonne voie. Par exemple lorsqu’il a fallu donner une structure plus formelle à un home qui fonctionnait déjà bien, mais dont on voulait améliorer l’organisation. Ou lorsqu’il a été question d’anticiper la transmission future d’une entreprise familiale. Dans un autre cas, un atelier protégé bénéficiait jusqu’alors d’aides publiques. Il s’est transformé en SA.  Du jour au lendemain, nous avons dû mettre en place une démarche marketing et apprendre à se vendre et à trouver des marchés. Savoir prendre le bon tournant au bon moment, c’est un défi passionnant !

Comment améliorer la représentation des femmes en politique ou dans l’économie selon vous, pourquoi est-ce important ?

La diversité fait la force et la richesse d’une entité. Il est ainsi primordial d’améliorer la représentation des femmes à tous les niveaux. Comment ? J’avoue que ce n’est pas facile à faire, même lorsque la volonté est présente. Dans mon parti politique par exemple, je n’ai pas forcément très bien réussi. J’ai constaté que bien souvent les femmes ont un problème de confiance en elles. Sauter le pas leur est plus difficile. Le travail est à faire en amont, dans les familles qui devraient être le premier lieu où nait la confiance en soi. A l’école aussi, on devrait encourager davantage les filles. La presse devrait relayer plus de modèles féminins. Celles qui ont réussi doivent également encourager leurs pairs à oser prendre des responsabilités qu’elles peuvent tout à fait assumer.

Quel conseil à une femme qui aimerait devenir administratrice ?

Curieusement, il suffit que vous ayez un premier conseil pour que tout à coup, on vous en propose d’autres. Le plus difficile est donc de décrocher ce fameux premier mandat. Je pense que les opportunités pour les femmes sont plus nombreuses dans les conseils d’administration de PME que dans les grandes sociétés. Elles peuvent y rentrer plus facilement et cela leur permet d’acquérir de l’expérience dans divers domaines, avant de progressivement s’orienter vers des conseils plus importants. Mais la vraie question selon moi, c’est comment encourager les conseils à recruter plus de femmes !

A titre personnel, que pensez-vous des quotas ?

Avant, je n’en voyais pas l’utilité. Et j’ai changé d’avis car les mentalités prennent trop de temps à changer. La preuve : les conseils d’administration n’ont toujours pas ce réflexe de recruter des femmes administratrices bien qu’elles soient en général mieux formées. En se prononçant le 14 juin en faveur des quotas, le National a donné une impulsion qui était nécessaire. C’est désolant de devoir en arriver là, mais je crois qu’on n’avait pas le choix.

 



Le Cercle Suisse Des Administratrices
Depuis sa création en janvier 2014 le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes, expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d’administration d’entreprises et d’organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l’accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d’opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l’économie pour participer activement au développement de nos entreprises. Il n’est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s’engager ou encore qu’il est difficile de les trouver.
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