Les obligations du sport au féminin

Sport et érotisme, toujours liés. DR

Parce que les images véhiculent des stéréotypes qui très souvent contribuent à renforcer nos croyances et à diminuer l’estime de soi, Femmes Leaders s’associe à la Fondation images et société et propose une série d’analyses d’images à vocation publicitaire (affiche de film, campagne produit, illustration pour un événement…). L’objectif? Questionner notre regard. Et nous rendre plus perspicaces et libres. Aujourd’hui, zoom sur les obligations du sport au féminin.

A première vue

Un splendide jaillissement tout en ondulations et une jeune femme en plein élan avec des habits de soirée raffinés. Dans la version du magazine Brigitte, les doigts de pieds vernis en rouge sont bien visibles. Il en va de même des lèvres rosées et brillantes. C’est l’escrimeuse Britta Heidemann, âgée de 25 ans quand elle devient championne du monde d’escrime aux Jeux olympiques de Pékin en 2008.

Quels stéréotypes s’en dégagent?

Les sportives en tenue de mode sont de plus en plus répandues. C’est une occasion de montrer les vêtements sur ces autres modèles que sont devenues les femmes de sport. Sur huit pages, différentes médaillées allemandes sont photographiées dans une posture liée à leur sport. Figurent aussi leur appréciation pour “ce moment de glamour” ou pour “la légèreté de la robe qui traduit si bien le saut en hauteur”. Le fait de voir des femmes en action et qui semblent crédibles dans leur geste, voilà un progrès par rapport à l’imagerie pub ou mode d’avant 2000.

Eclairages

Les rapports entre femmes et sport ont été complexes et le restent encore. Dès 1900, les escrimeuses sont mises en avant pour annoncer les compétitions olympiques. Pourtant ce n’est qu’en 1924 qu’elles y participent. Aux Olympiades de 1908 les nageurs sont alignés militairement, tandis que les nageuses des Jeux de 1912 se tiennent debout d’une façon spontanée. En 1932, elles imitent les attitudes des mannequins et des actrices de films hollywoodiens: positions accentuant les courbes, la pointe des orteils au sol à la manière d’une danseuse de ballet, et tout sourire.1

La tendance plus récente est d’exhiber son corps. Ainsi, notre escrimeuse rougeoyante pose nue et cambrée pour Playbloy en 2012. La skieuse Lindsey Vonn photographiée par Annie Leibovitz en 2015 dans un intérieur cossu, s’expose parfois en tenue minimale sur une piste enneigée. Les magazines consacrés au tennis dénudent érotiquement les joueuses depuis longtemps, tandis que le code d’érotisation au masculin reste un corps bien plus droit. En 1970, les athlètes portaient le short court. A présent, leurs cuisses sont couvertes, tandis que les fédérations sportives encouragent les femmes à se vêtir mini avec le ventre et le dos à l’air.

Sport et érotisme, toujours liés. DR

 

Les poses glamour, passage obligé dans le sport? DR

Les femmes sont actuellement présentes dans la quasi-totalité des disciplines sportives. Pourtant, surtout quand elles pratiquent un sport réputé masculin, elles semblent être les premières à ressentir le besoin de rassurer sur leur féminité par mille moyens. Parfois, même quand leur carrière est terminée, elles sont invitées comme l’ancienne championne de tennis Chris Evert en 2008, au bord d’une piscine, avec une robe en queue de sirène. Malgré les récents mouvements en faveur du respect de l’homosexualité dans le sport, quelques sportifs homosexuels disent la pression qu’ils subissent pour montrer qu’ils sont virils, façon macho, et la sprinteuse Caster Semenya, qui s’est révélée être intersexe, est mise au défi de démontrer son appartenance au groupe des femmes. Alors elle pose avec un décolleté et des colliers. Récemment, elle s’est mariée avec son amie de longue date. Sport de compétition, érotisation des corps et glamour se déclinent encore selon des stéréotypes de genre et de culture profondément ancrés en nous.

 

Sur le terrain, aucun besoin de genrer son identité.

  1. La mise en scène du corps sportif, Musée Olympique, catalogue d’exposition, 10/2002 – 2/2003 /

La Fondation images et société

La Fondation images et société est le fruit de plus de 30 ans d’expérience de terrain. Etablie en 2008 à Genève, elle est en grande partie l’oeuvre d’Eva Saro. Cette médiatrice culturelle a travaillé dans le décryptage des images avec des partenaires multiples (musées, prévention santé, formation). Elle a également été consultante pour une grande marque de télécom et plusieurs publicitaires. Elle a ainsi développé des outils de “savoir voir” pour un large public.

La vocation de la Fondation est l’éducation à l’image pour mieux oser notre diversité. A l’heure où un individu verrait de 3 000 à 10’000 messages commerciaux par jour (Morin, 2011) et où l’estime de soi des plus jeunes se péjore (40% des garçons et 50% des filles n’aiment pas leur apparence physique selon une étude de l’OMS en 2010), savoir décoder des images devient plus vital que jamais. «Alors que les stéréotypes tendent à devenir notre modèle quasi unique, le rôle de la Fondation est d’interroger le rôle et l’influence de l’information visuelle dans notre vie, afin de  “décoloniser” notre imaginaire et contribuer à élargir nos options de choix», estime Eva Saro.

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