“Les membres du conseil d’administration doivent être des guides, des challengers, et parfois des censeurs”

"Dans certains conseils, je côtoie des professeurs d’universités, des juristes de haut vol, des entrepreneurs, des financiers, des ingénieurs, des hauts fonctionnaires. Dans un autre, je rencontre des scientifiques réputés venant de tous les continents."

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

Cette semaine rencontre avec Michèle Costafrolaz, administratrice indépendante au bénéfice d’une large expérience pour de grandes entreprises dans des secteurs variés.

Michèle Costafrolaz est administratrice indépendante en charge du comité d’audit de plusieurs conseils, dont ceux d’une prestigieuse banque cantonale, d’une société financière gestionnaire de fonds de placement, ou encore d’une fondation internationale. Diplômée en finance et comptabilité, expert-réviseur agréé, elle a pu, au cours de sa longue carrière chez Deloitte Paris puis Genève en tant qu’associée, exercer son expertise en matière d’audit et de conseil dans le domaine comptable et financier. Elle a ainsi accompagné des entreprises de toutes tailles, actives dans des domaines très variés (luxe, hôtellerie, Formule 1, cyber-sécurité, services financiers, santé, etc), ainsi que des organisations internationales ou du secteur public.

Fondatrice et administratrice de MCT Audit & Advisory (Cabinet d’audit et de conseil financier et stratégique en Suisse et à l’international), Michèle Costafrolaz est membre d’honneur du Cercle Suisse des Administratrices pour lequel elle anime des séminaires de formation sur l’analyse des états financiers de sociétés.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

En 34 ans d’activité sur la place genevoise, dont la plus grande partie en qualité d’associée audit auprès de Deloitte qui fait partie des « Big Four » (les quatre plus grands groupes de conseil et d’audit financier au niveau mondial), j’ai développé un réseau de relations de haut niveau dans le milieu des affaires. Ainsi, au sortir de Deloitte, j’ai été cooptée puis évaluée au travers de plusieurs entretiens et finalement, après les procédures de « due diligence » habituelles, j’ai été invitée à rejoindre successivement plusieurs conseils d’administration. Ma longue pratique de l’audit externe m’a apporté compétences techniques, indépendance d’esprit et qualité d’écoute. Je sais également remettre en question, analyser des situations délicates, amener à une conclusion, le tout dans un travail d’équipe.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction, les compétences que vous avez développées?

Le conseil d’administration me fait penser à un tableau de Chagall avec ses assortiments uniques de couleurs et même de musiques! En effet, j’apprécie au plus au point cet environnement multiculturel où, chacun venant de son environnement propre, apporte ses compétences et sa personnalité et fait confiance à priori aux autres administrateurs. Dans certains conseils, je côtoie des professeurs d’universités, des juristes de haut vol, des entrepreneurs, des financiers, des ingénieurs, des hauts fonctionnaires. Dans un autre, je rencontre des scientifiques réputés venant de tous les continents. Dans un autre encore, les membres du conseil sont solidaires pour guider, voire même parfois canaliser les ardeurs d’un CEO débordant d’’énergie! Ma pratique des conseils d’administration m’a confortée dans l’idée que, à long-terme, la haute direction d’une organisation ne peut être que l’accomplissement d’un projet collectif dirigé par un leader, mais où les membres du conseil d’administration doivent jouer pleinement leur rôle à la fois de guides, d’aide à la réflexion, de « challengers », de réservoirs d’énergie et quelques fois de censeurs.

Quels sont les moyens dont vous usez pour faire passer vos convictions en tant qu’administratrice?

Je crois que le moyen le plus évident est la sincérité que l’on met à défendre ses idées, toujours dans l’intérêt unique de l’entreprise.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, le challenge que vous avez connu?

Il m’est arrivé, en qualité d’administratrice nouvellement coptée, de constater que la direction opérationnelle de l’entité ne respectait pas les principes élémentaires de bonne gouvernance et de saine gestion. C’est mon expérience d’auditrice qui m’a permis de déceler immédiatement ce problème lors de mon premier conseil. Dans un premier temps, j’ai travaillé en étroite collaboration avec les président et vice-président du conseil, afin de les informer, de les convaincre, et de leur proposer un plan que nous avons mis en place immédiatement et que j’ai ensuite été chargée d’exécuter. Nous avons donc procédé à une réorganisation en profondeur, et en un temps record. Ce fut un moment difficile humainement, mais je remercie encore ce Conseil d’administration pour sa confiance.

Comment améliorer la représentation des femmes en politique et dans l’économie selon vous? Pourquoi est-ce important?

Je n’ai pas la prétention de divulguer des remèdes miracles! Je dirai simplement, mesdames, ayez confiance en vous, faites comme vous le sentez, écoutez votre cœur et ne renoncez à rien. Mais, surtout, n’en « faites pas trop », ne « sur-jouez » pas, car c’est agaçant…pour tout le monde.

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui aimerait devenir administratrice?

Je crois que je viens d’y répondre à la question précédente. J’ajouterai aussi que devenir administratrice n’est pas une fin en soi. Ciblez un secteur d’activité, voyez ce que vous pouvez apporter aux entreprises de ce secteur et faites-vous connaître.

A titre personnel, que pensez-vous des quotas?

A titre personnel et tout comme les autres administratrices qui ont été interviewées avant moi, je considère que la mise en place des quotas est « un mal nécessaire » qu’il faudra accepter pendant une période de 10-15 ans afin de forcer l’avenir. Mesdames, pensons à nos filles!


Le Cercle Suisse Des Administratrices
Depuis sa création en janvier 2014 le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes, expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d’administration d’entreprises et d’organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l’accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d’opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l’économie pour participer activement au développement de nos entreprises. Il n’est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s’engager ou encore qu’il est difficile de les trouve
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