Les complémentarités hommes-femmes dans une start-up

De très nombreux contenus, formations, informations existent autour de l’entrepreneuriat. Cependant, pour des questions spécifiques autour de l’entrepreneuriat au féminin, il n’est pas toujours aisé de trouver réponse.  Femmes Leaders s’associe à Caroline Coquerel, start-up coach, pour répondre à vos questions à travers conseils, outils et témoignages. Aujourd’hui, nous vous proposons des retours d’expériences sur les association femmes-hommes pour co-fonder une start-up.

Il semble exister peu de contenus ou de statistiques sur ce type d’association, pourtant, plus de 20 % des start-ups que j’ai coachées ou coache ont des co-fondateurs femmes et hommes, qu’ils soient en couple ou non. Ces start-ups, souvent très inspirantes et innovantes, mettent en valeur cette association comme l’un des éléments du succès de leur entreprise.

Je vous propose des retours d’expériences au travers de deux témoignages complémentaires et représentatifs de mon expérience auprès de start-ups technologiques ou non technologiques. Les co-fondateurs de Beelong, start-up proposant un indicateur innovant pour l’alimentation durable associant science et approche terrain ont démarré leur collaboration il y a environ 4 ans en tant qu’amis. Les co-fondateurs de cullycully, proposant un voyage en terres helvétiques à la découverte de ses paysages, ses icônes et ses clichés, partagent vie d’entrepreneurs et vie de couple depuis plus de dix années.

Hormis le fait que co-fonder ensemble, dans le cas de succès, est venu au bon moment, de façon très naturelle et évidente, trois conditions semblent essentielles : partager les valeurs, complémentarité, respect ; conditions aussi tout à fait valables si l’on se lance en tant qu’associés du même genre.

Partager les valeurs

Ce critère n’est pas toujours facile à évaluer dès le début et malheureusement, cela est souvent quand la situation se détériore que la différence de valeurs se révèle. Il est très important de bien se connaître, d’échanger ensemble aussi sur les sujets qui ne sont pas directement liés à la start-up. En tant qu’outil, vous pouvez créer un questionnaire -chacun répond aux mêmes questions de son côté et où vous confrontez ensuite les réponses-. Cet exercice peut révéler dès le début des synergies et des différences, et traiter des points critiques, ou montrer que l’association risque de ne pas fonctionner.

La complémentarité femme-homme peut apporter une réelle plus-value et intervenir à de nombreux titres, tels :

  • Complémentarité dans un même métier pour s’inspirer et se challenger l’un l’autre, tel le cas de cullycully où Aude et Antonin Ferla, graphistes, ont deux approches très complémentaires de ce métier, et peuvent ainsi l’exercer dans la même structure sans générer de conflit, en s’inspirant et se complétant.
  • Complémentarité de représentation de l’entreprise. En effet, par expérience, et cela doit être accepté et assumé par les entrepreneur-e-s, selon les cas et les publics, une femme ou un homme ‘passera’ mieux. Etre deux permet ainsi de pouvoir choisir selon les cas la meilleure personne pour représenter l’entreprise, pour les démarches commerciales ou les discussions autour de partenariats stratégiques par exemple.
  • Complémentarité d’attitude, femmes et hommes n’ont pas forcément le même rapport à des sujets tels l’argent, la négociation, la même sensibilité à l’importance de l’image de l’entreprise ou la même approche en gestion du conflit. Cette complémentarité peut ainsi être valorisée en attribuant à chacun ce pour quoi elle ou il se sent le plus à l’aise ou tout simplement préfère.
  • Complémentarité vision / opérationnel. J’ai rencontré des exemples de tandems où l’un-e apportait plus sa vision et sa créativité, et l’autre sa capacité très pragmatique ou opérationnelle. Ainsi, l’avenir était imaginé et développé pendant que les activités quotidiennes de la start-up étaient prises en charge.

Partager un grand respect mutuel

«Co-fonder avec Mathias a été l’une des décisions les plus importantes pour Beelong et la meilleure», témoigne Charlotte de La Baume, ce que confirme Mathias Faigaux. «Nous avons un grand respect l’un pour l’autre. Bien entendu, nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nos échanges sont toujours constructifs et nous permettent d’aller plus loin pour notre entreprise. Pour nous, ce dialogue est l’un des éléments les plus importants pour que ce type d’association réussisse, et le fait que notre relation soit très équilibrée et qu’aucun ne veuille prendre le lead sur l’autre. Ainsi, nous détenons chacun 50 % des parts de l’entreprise, ce qui nous a été déconseillé par beaucoup, et pourtant, c’est l’un des gages de l’équilibre et de la réussite de notre association.»

Un conseil dans ce cas où les co-fondateurs souhaitent absolument une association 50%-50% – j’en connais plusieurs exemples, répartition qui va évoluer dès l’ouverture du capital. En attendant, il est très important de prévoir les outils et accords nécessaires pour que l’entreprise ne soit pas bloquée en cas de désaccord ou de conflit, par exemple en répartissant les responsabilités de façon définie et claires pour la prise de décision sur les sujets stratégiques.

Un challenge supplémentaire en tant que couple

Dans le cadre d’un couple, co-fonder ensemble eut être un vrai challenge pour la vie de famille, certaines de ces expériences se sont ainsi soldées par des conflits ou même des divorces. « Pour nous, partager notre activité professionnelle complète notre vie personnelle plutôt que d’être en conflit », évoque Aude, co-fondatrice avec son mari Antonin, de cullycully. «Il n’y a pas de limite figée entre nos deux activités. Nous sommes chacun garants de l’équilibre, certes que nous savons être instable, entre vie professionnelle et vie familiale. Nous veillons ainsi à cet équilibre sans pour autant nous mettre de limites strictes». 

Réduire la crainte du risque de se lancer

Pour les personnes pour lesquelles la crainte des risques engendrés peut être un facteur bloquant lancer son entreprise, le fait de partir en association avec une autre personne, permet de limiter cette appréhension des risques, les partager, et ainsi oser se lancer.

L’absolue nécessité d’une convention d’associés

Dans tous les cas, un des outils les plus importants à considérer est la convention d’associés, à absolument rédiger quand tout va bien.

Il y a ainsi de très beaux exemples de réussites, que les co-fondateurs soient ou non du même genre. Les conflits sont souvent générés par la différence de valeurs, paradoxalement par le succès de l’entreprise associé à des rentrées financières importantes ou une valorisation de l’entreprise qui se multiplie. Finalement, il est important de considérer que le plus important est ailleurs: l’envie et l’instinct de partager cette aventure avec un co-fondateur et une co-fondatrice, tout en se dotant des outils nécessaires pour aller le plus loin possible ensemble et pouvoir se séparer en bons termes si cela est nécessaire.

 


Pour poser vos questions, partager votre expérience :

Si vous souhaitez que nous co-construisions cette rubrique ensemble et partager vos questions (les identités resteront confidentielles) et retours d’expériences sur ce sujet ou tout nouveau sujet, n’hésitez pas à m’envoyer vos questions et interrogations à caroline@ideix.coach avec comme sujet ‘Femmes leaders’.

Caroline Coquerel – ideix –  inspirer et développer

Caroline vous aide à atteindre vos objectifs et à les dépasser si vous le souhaitez, en révélant et en développant les compétences nécessaires pour votre projet.
Ingénieure en agronomie, Caroline a occupé plusieurs postes passionnants dans le domaine des SIG, du conseil et de la durabilité, dans plus de 10 pays.
Engagée dans l’écosystème de l’entreprenariat, ayant redressé une entreprise et développant associations et projets, Caroline a échangé avec plusieurs centaines d’entrepreneurs et en a coaché plus de 20, de 1 à +5 ans.

Sous la marque ideix, Caroline est start-up coach et advisor pour plusieurs organismes dont Innosuisse, Fongit & collabore avec Innokick. Elle se concentre principalement sur le développement des affaires et de la marque, l’organisation, la gestion des finances et le réseautage, notamment en ArtTech & Arts, FoodTech & AgriTech, Digital & Data.

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