Le vin, une affaire d’hommes ?

Le label Le Vin des Femmes a été lancé en 2012 en Belgique par Muriel Lombaerts et exporté pour la première fois en Suisse en 2017, avec le soutien de Gault&Millau Suisse.

Les femmes préfèrent-elles les vins dits « féminins » ? Pourquoi la carte des vins est-elle presque systématiquement tendue à un homme ? Nous avons échangé sur ces sujets avec Muriel Lombaerts, créatrice du label Le Vin des Femmes, qui vient d’être décerné pour la seconde année consécutive en Suisse. 

« Très souvent encore, je constate que par tradition, on propose la carte des vins à mon accompagnant et on lui fait presque systématiquement goûter les vins… En questionnant les femmes de mon entourage, j’ai constaté qu’il en était de même pour elles », nous confie Muriel Lombaerts, créatrice du label Le Vin des Femmes, qui vient d’être décerné pour la deuxième année consécutive en Suisse, en marge du salon Arvinis, qui vient de fermer ses portes à Montreux.

Le vin est-il encore «une affaire d’hommes» ? Si certains réflexes ont la vie dure, les chiffres vont à l’encontre de ce cliché genré. En Suisse, d’après une large étude sur le marché du vin réalisé par MIS Trend pour Swiss Wine Promotion l’an dernier, les habitudes de consommation sont sensiblement similaires pour les deux sexes. Plus de 75% des femmes déclarent boire du vin régulièrement, à comparer avec un taux de 80% des hommes. Cette quasi-parité n’existe pas pour d’autres alcools, comme la bière ou les alcools forts. Et en dehors de l’hôtellerie-restauration, c’est plutôt les femmes qui choisissent : en France, une étude de l’Office National Français Onivins concluait que dans 75% des foyers, c’est la femme qui achète le vin, notamment à l’occasion des courses alimentaires qu’elle effectue.

Le label Le Vin des Femmes, pour casser les clichés

Après le Chasselas l’an dernier, c’est le rosé qui était à l’honneur il y a quelques jours au salon Arvinis, qui parraine ce label lancé en 2012 en Belgique par Muriel Lombaerts et exporté pour la première fois en Suisse en 2017, avec le soutien de Gault&Millau Suisse. « Le label a pour objectif de promouvoir des vins de qualité à travers la dégustation à l’aveugle afin de mettre en avant des « coups de cœur », sélectionnés par un jury 100% féminin de non-expertes, mais qui sont toutefois de grandes amatrices, “oenophiles” et…consommatrices. L’idée est aussi de casser les clichés qui circulent encore souvent, en montrant que les femmes n’aiment pas que les vins doux, sucrés ou les “rosés piscine…” », explique Muriel Lombaerts.

D’ailleurs, une étude internationale dévoilée à Vinexpo en 2011 (le salon des professionnels du vin qui a lieu à Bordeaux chaque année) avait même démontré que les femmes préfèrent…le rouge, notamment celles de plus de 46 ans.

Dans le jury, la diversité était d’ailleurs de mise : les goûts ont beaucoup différé, certaines préférant des rosés fruités, d’autres plus minéral et floral. Finalement, deux crus ont été récompensé sur les 18 testés : le Domaine du Paradis, un Garanoir de Genève et le Tratto Fino de la Tenuta San Giorgio, un Merlot tessinois. « L’essentiel, c’est que le vin plaise ! Qu’il soit raffiné et élégant, bref, que le jury estime avoir envie de le déguster lors d’un repas. Les critères sont donc subjectifs ».

Les femmes préfèrent-elles les vins dits « féminins » ?

Dans le milieu viticole, les vins dit « féminins » sont définis comme étant plus fins, délicats, élégants, subtils, ronds, souples et plus faciles à boire que des vins qualifiés de masculins qui, eux, seront puissants, charpentés, corsés, tanniques, charnus et structurés. De manière générale, la Bourgogne est réputée pour produire des vins féminins alors que le Bordelais produirait des vins masculins. Ce qui ne veut pas dire que les femmes préfèrent automatiquement les vins féminins !

« Les femmes ont un palais très fin!, renchérit Muriel Lombaerts. Même les sommeliers ou œnologues masculins le reconnaissent. Les femmes dégustent presque mieux que les hommes. Elles se laissent davantage guider par leurs sens, avec moins de préjugés et ce sont rarement des “buveuses d’étiquette” (Bordeaux/Bourgogne). Par contre, il est vrai qu’elles sont sensibles au look de la bouteille, de l’étiquette ».

Plus de 6 ans après la création du label, Muriel Lombaerts constate qu’il n’y a pas de vins spécifiquement ou uniquement appréciés par les femmes. «Même si certains cépages plaisent la plupart du temps aux femmes, comme le Syrah, le Grenache, ou le Chardonnay, certains hommes les apprécient également particulièrement !».

 

 


Le Vin des femmes, un label décerné par un jury exclusivement féminin

Vendredi 20 avril, six amatrices des délices de Bacchus se sont réunies pour choisir le meilleur rosé suisse, où plus exactement le meilleur rosé exposé au salon Arvinis. Ce jury exclusivement féminin était composé de Nuria Gorrite, présidente du Conseil d’Etat vaudois, Annick Jeanmairet, présentatrice des Saisons de Pique-Assiette sur la RTS, Zoé Jobin, photographe et blogueuse culinaire, la cheffe à domicile Mary-Laure Schorderet et Chantal de Senger, journaliste et responsable du supplément vin et gastronomie Au fil du goût du magazine Bilan. La dégustation s’est déroulée à l’Hostellerie du Château à Rolle, sur invitation de Coraline de Wurstemberger, propriétaire du domaine viticole Les Dames de Hautecour à Mont-sur-Rolle.

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