LALISTE veut placer les femmes au centre de l’agenda politique

De gauche à droite: Manuela Honegger, Caroline Jauch, Diana Thomias LeDuc, Fabienne Abramovich, Marie-Florence Grange. Image: CA

Pionnières, les candidates de LALISTE ont lancé la première liste composée uniquement de candidatures féminines pour les prochaines élections au Grand Conseil de Genève. Ces militantes intransigeantes dévoilent des propositions concrètes pour réformer l’égalité salariale, la définition du viol et l’éducation sexuelle ainsi que la notion de genre. Rencontre.

Les 19 membres de LALISTE ne sont pas réunies mais cinq membres du collectif ont fait le déplacement pour rencontrer FemmesLeaders et faire part de leurs idées et propositions concernant les droits de la femme aujourd’hui.

LALISTE est une démarche innovante: pour la première fois, une équipe totalement féminine se présente aux élections pour le Parlement cantonal, composé, aujourd’hui, de 74% d’hommes. Pour placer les droits de la femme en priorité dans l’agenda politique, ces candidates se qualifient de ‘citoyennes’. LALISTE est en effet composée de femmes d’âges de 23 à 58 ans, de milieux et de parcours variés: mères célibataires ou à la tête de familles nombreuses, comédiennes, productrices, employées ou cadres dans des multinationales. Toutes ont répondu à l’appel Facebook lancé initialement courant 2017 par Manuela Honegger, politologue, tête de file du mouvement, chargée des projets internationaux, pour la mairie de Genève. C’est elle le moteur qui a rassemblé toutes ces femmes qui veulent que les choses changent.

Son engagement pour les femmes, elle le tient de sa mère. «Immigrée en Suisse Alémanique, venue du Pays-Bas, mère de deux enfants, qui devait gagner de l’argent pour nourrir sa famille, elle s’est mobilisée pour les femmes à son époque par nécessité.» Son époque, c’était les années 90. En 2018, Manuela Honegger estime qu’«il n’est plus possible», que certains droits ne soient toujours pas concrètement mis en pratique, notamment l’égalité salariale.

A ses côtés le temps de notre rencontre, on retrouve Marie-Florence Grange, juriste d’entreprise, Diana Thomias LeDuc, responsable marketing et communication, Caroline Jauch, enseignante d’anglais et de français dans un collège ainsi que de danse classique, Fabienne Abramovich, chorégraphe et cinéaste.

«Des valeurs communes»

Cette campagne, elles la prennent véritablement à cœur. Pour certaines d’entre elles, la politique est une première. Voilà six mois que le groupe se réunit, pour peaufiner le programme, organiser les évènements, mettre à jour le site web, répondre aux sollicitations des médias. L’énergie est palpable, et parfois un peu de fatigue aussi. «Mais même après trois heures de réunion avec ce groupe, je continue à avoir du plaisir à travailler», affirme Manuela Honegger.

Ce qui relie ces femmes? «Des valeurs communes, notamment la solidarité», note Fabienne Abramovich. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir rejoint un parti qui prône cette vertu, par exemple les Verts ou le PS? «Dans les grands partis, les mentors prennent toute la place. Ici, tout le monde peut s’exprimer et on vote. Et puis, si on devait choisir un parti, nous n’irions pas dans les mêmes. Là nous pouvons nous retrouver sur des questions qui nous préoccupent directement»», remarque Marie-Florence Grange.

Car au final, ce qui relie toutes les membres de LALISTE, c’est ce combat pour les droits de la femme qu’elles trouvent insuffisamment défendus ailleurs. Les situations qu’elles veulent résoudre? Celles des mères au foyer «qui après 5 ou 10 ans à la maison ne parviennent plus à se réinsérer», mais aussi «les mères célibataires», les membres des communautés «LGBT», et d’une manière générale toutes les femmes, car toutes sont «victimes de discriminations qu’elles soient salariales, puis plus tard, en termes d’AVS et de retraite».

Etre femme, quel que soit son statut social, «c’est être pris dans une chaîne de précarité», résume Fabienne Abramovich. Et c’est cette spirale infernale que LALISTE veut pointer et éradiquer, en faisant une politique qui «prenne en compte les priorités des femmes», de manière concrète et pas simplement dans les discours. «Agir, guérir, punir», résume Fabienne Abramovich. Résumé des propositions prioritaires de LALISTE.

L’égalité salariale

C’est le point fort de leur programme. Pour y parvenir très rapidement sur Genève, elles proposent de se baser sur la pratique déjà en cours de contrôle contre le dumping salarial. «Toute entreprise devra définir une grille salariale qui sera ensuite contrôlée par une autorité externe indépendante. Les entreprises présentant des différences non justifiées seront informées puis sanctionnées si elles ne font rien», résume Marie-Florence Grange. Nul besoin d’une nouvelle loi donc, simplement une mesure qui prévoirait de réaffecter les contrôleurs anti-dumping au contrôle anti-inégalités homme femmes. Comment faire passer ce projet? «Il faudra dialoguer avec les représentants des employeurs et des syndicats, mais les entreprises vont jouer le jeu, aucune ne veut s’afficher en somme mauvaise joueuse», assure Marie-Florence Grange. «Je suis moins positive», glisse Manuela Honegger qui pense néanmoins que la mesure finira par trouver sa place et qu’en tout cas elle ne fera de loin pas fuir les sociétés installées en Suisse «tant les conditions-cadres sont extrêmement favorables sur tous les plans.» LALISTE espère que la mesure fera écho dans d’autres cantons, voire au niveau fédéral. Le rejet du projet Sommaruga de la réforme de la loi sur l’égalité femmes – hommes déçoit tant les candidates qu’elles demandent une solution cantonale.

L’éducation sexuelle et la notion de genre chez l’enfant.

L’éducation sexuelle et la question du genre doit être largement renforcée auprès des jeunes et des enfants, estime LALISTE, afin de pouvoir répondre plus directement aux enjeux du harcèlement dès le plus jeune âge.  «Pour le moment on parle de procréation, conception et MST. Un enfant aura 4h d’éducation sexuelle et 622 heures de français à 13 ans. Rien, notamment avant l’âge de 8 ans pour parler de l’amour, des relations, du respect», constate Caroline Jauch.

LALISTE veut que les questions liées au genre et au harcèlement, les limites du corps, du toucher, des émotions et du droit soient posées bien plus tôt.

Comment? « Par exemple avec une brochure adaptée aux enseignant-e-s, qui leur permettra d’aborder ces sujets.», assure Caroline Jauch. Et «par un accès facilité à la culture avec des formations spécifiques ; les arts véhiculent des images et du sens. C’est important que les jeunes appréhendent les codes et construisent une pensée avec des films, des images. Les cours de danse, tout comme le sport, permettent d’approcher son corps et le corps de l’autre sans avoir à mettre des mots et développent le sens du respect», complète Fabienne Abramovich.

La lutte pour l’imprescribilité du viol

LALISTE souhaite que le viol soit redéfini et rendu imprescriptible car il s’agit d’un crime. «Pour le moment il est souvent requalifié en contrainte sexuelle, parce que cette peine implique des sanctions pécuniaires. Une fellation et une pénétration par sodomie ne sont pas considérées comme du viol en Suisse», note Manuela Honegger qui estime notre pays «arriéré en la matière.» Elle souligne aussi la difficulté à recueillir des chiffres précis et le manque de statistiques fiables. «Aujourd’hui, en Suisse, on ne sait pas précisément combien de femmes, chaque jour, sont violées ou subissent une violence sexuelle».

LALISTE demande qu’une assistance psychologique et juridique soient apportées immédiatement et d’office à toute victime de viol décidant de porter plainte.

Si elles ne sont pas élues, les membres de LALISTE se targueront d’avoir positionné les droits de la femme «en priorité de l’agenda politique», résume Manuela Honegger. Elles comptent rester bien présentes dans le paysage genevois et suisse et agir avec un lobby sur lequel les femmes pourront compter. Imposer, in fine un standard en matière de droits de la femme, une mesure, qui sera l’aune à laquelle les autres partis pourront – devront – désormais se mesurer.

 

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