Je veux apprendre à coder

Apprendre un coder offre un champs innombrable de possibilités. DR
Apprendre un coder offre un champs innombrable de possibilités professionnelles. DR

Savoir coder, c’est-à-dire créer et développer des programmes informatiques est une compétence extrêmement demandée aujourd’hui. Est-ce une compétence indispensable dans le futur, pourquoi s’y mettre, comment s’y mettre, quels débouchés sont possibles? Quelques guidelines avant de se lancer.

Les avantages à savoir coder sont aujourd’hui nombreux. D’abord cette compétence est aujourd’hui utile dans une vaste série de secteurs, et pas seulement l’informatique ou les jeux vidéos. La digitalisation touche tous les domaines, et en particulier, actuellement, la santé et la finance. Mais d’autres secteurs ne sont pas en reste, qu’il s’agisse de l’agriculture, le tourisme, les transports ou la communication: savoir coder est utile et le restera dans les années à venir, beaucoup y voient même une compétence de base. A noter tout de même, les remarques des experts de l’intelligence artificielle, qui estiment que les fonctions de programmation les plus simples seront à moyen terme très probablement automatisée par des formes d’IA.

A court terme en tout cas, la compétence est aujourd’hui recherchée et se monétise très bien sur le marché du travail, surtout si elle est assortie de soft skills et capacités d’encadrement ou gestion de projet. Difficile de donner une fourchette exacte de salaire, nos interlocuteurs interrogés n’ayant pas souhaité se prononcer. Tout dépend évidemment des compétences et du secteur d’activités. Le site Payscale évoque un salaire annuel de 61’000 dollars pour un programmateur informatique.

Attention cependant, être développeur à temps plein nécessite une série d’autres compétences: le fait de savoir travailler en mode ‘multi-tâches’, d’apprendre en permanence, d’aimer résoudre des problèmes, de savoir travailler en équipe et communiquer, d’avoir un sens commercial et de savoir travailler sous pression.

Enfin, être une femme est un atout notamment dans le secteur de la tech, encore très masculin et qui cherche à tout prix à se diversifier. De nombreux évènements sont d’ailleurs organisés à ce sujet comme le Girls in ICT Day, chaque 26 avril par la Commission Européenne. Si la tech accueille les femmes à bras ouverts, y négocier son équilibre vie privée / vie professionnelle peut parfois encore s’avérer compliqué et le soutien de groupe de femmes du milieu s’avère parfois utile (voir ci-dessous).

Si coder est utile, reste à savoir comment: faut-il prévoir un an de formation, que savoir avant de se lancer? Quelques recommandations.

1/Apprenez le plus tôt possible

Pour bien coder, c’est tout un mode de pensée qu’il faut acquérir. «Programmer c’est résoudre des problèmes, les découper en morceaux. En cela, la pensée algorithmique ou computationnelle est utile dans tous les jobs, car elle permet de résoudre des problèmes, notamment techniques», explique Miranda Krekovic, confondatrice de Girls Coding (voir encadré), association d’enseignement du code en Suisse romande pour des filles de 9 à 12 ans et va développer sous peu des ateliers pour ados. Evidemment apprendre une nouvelle façon de penser est plus simple à faire lorsqu’on est enfant, car on peut le faire par le jeu. Mais ne vous découragez pas: il est toujours possible d’apprendre sur le tas, et pourquoi pas en profiter pour transmettre le virus à vos enfants ! Will I Am, le célèbre musicien des Black Eyed Peas s’y est lui aussi mis sur le tard (37 ans)… et proclame à qui veut l’entendre que coder offre un immense espace de créativité.

2/Identifiez pour quoi vous souhaitez acquérir cette compétence

Votre but est-il de devenir purement technicienne et développer des outils? Faciliter leur utilisation et les améliorer? Développer ou superviser des projets en lien avec de la programmation? Vendre ou codévelopper pour certains clients des outils ou interfaces digitales? Développer des fonctionnalités simples sur un outil de votre entreprise? «Avant tout, il vous faut savoir pourquoi vous voulez coder et quels sont vos objectifs. Vous pourrez ensuite choisir le mode d’apprentissage approprié», explique Cécile Hefti, membre de Girls In Tech Switzerland, développeuse front-end à Zurich.

Savoir coder vous sera utile dans de très nombreuses situations, et se reconvertir n’est pas incongru, loin de là. «Coder attire des personnes avec des profils très différents. Je connais une personne qui, avec une expérience de pharmacienne, a appris à coder pour devenir testeuse de logiciels. Ce type de changements est courant dans notre organisation», explique Małgorzata Ratajska-Grandin, fondatrice de Carrots Foudation qui  a lance Geek Girls Carrots (voir ci-dessous). Elle estime qu’à moyen terme le fait de mélanger les hard skills de la programmation à celles de la rédaction ou aux compétences linguistiques et de gestion de projets sera très utile. «Dans le code, ce ne sont pas les années d’expérience qui comptent mais la capacité analytique et la vitesse d’apprentissage.»

3/Renseignez-vous sur les types de langages informatiques

Qutre grands domaines informatiques requièrent des développeurs: le front-end, le back-end, les spécialistes de l’expérience utilisateurs (UX) et les testeurs de logiciels. Et certains langages sont plus courants et plus appropriés à certains domaines. «Java sera davantage utilisé pour le développement web back-end. Lorsqu’on travaille avec des données, Python ou C++ seront fréquents», note Miranda Krekovic. A vous de savoir ce qui sera le plus utile selon le secteur vers lequel vous voulez vous orienter.

4/Prévoyez du temps

«Coder, c’est comme apprendre un langage. Il faut maîtriser les mots et la syntaxe. En quelques mois, on peut déjà se faire comprendre», estime Miranda Krekovic. Une fois un langage acquis, il est plus facile d’en apprendre d’autres, car la logique sous-jacente est la même, estime cette jeune doctorante à l’EPFL. Outre de nombreux cours en ligne, parfois gratuits, coder peut s’apprendre dans une école d’ingénieurs ou lors de week-ends dans des organisations ou ONG bénévoles! Tout dépend ici de votre temps et de vos moyens. Si toutes les ressources existent en ligne, au départ «il est beaucoup plus efficace d’apprendre directement d’une personne pour découvrir rapidement un tas de trucs et astuces», recommande Cécile Hefti. Pour maîtriser toutes les subtilités d’un langage informatique, comme pour une langue, prévoyez… des années.

5/Utilisez des ressources en ligne

Le web fourmille d’outils et de tutorials utiles lorsqu’on veut se lancer dans un projet et cela vaut particulièrement pour le code. «J’ai appris Python comme ça, car j’en avais besoin pour un projet et dès que j’avais une question je la googlais et je trouvais les solutions en ligne», assure Miranda Krekovic. Outre les blogs, les chaînes YouTube, le grand outil prisé par les codeurs reste les forums, parce qu’ils permettent de répondre à une question précise. L’un deux, Stack Overflow affirme réunir une communauté de 50 millions de développeurs. On peut y poster sa question et obtenir une réponse en un rien de temps. L’entraide est une qualité partagée dans le milieu.

6/Mais profitez aussi des atouts d’une association IRL

Apprendre en ligne c’est bien, mais rien ne vaut les échanges réels pour apprendre plus vite ! Une série d’associations spécialement dédiées aux femmes se sont montées les dernières années (voir encadré ci-dessous) en Suisse, elles sont souvent très inclusives et, elles aussi, tournées sur l’entraide.

Profitez des meetups pour rencontrer d’autres femmes et comprendre comment elles ont construit leurs parcours. Et des workshops pour vous essayer à la discipline, voir des cours spécialisés pour approfondir un aspect. «Un week-end où on essaie beaucoup de choses par soi-même est parfois beaucoup plus formateur qu’un cours structuré», remarque Małgorzata Ratajska-Grandin.

Parfois, ces associations spécialisées ont des liens avec les entreprises et constituent même une intéressante plate-forme de recrutement.

Pourquoi se regrouper entre femmes? Notamment parce que «on a tous besoin de role models et mentors, surtout dans un domaine neuf et on s’identifie plus facilement à une femme qu’un homme», note Małgorzata Ratajska-Grandin. Enfin, la tech ayant été largement façonnée par des hommes, cela fait sens d’y insuffler une vision féminine. «Les technologies développées par les hommes contiennent des aberrations. Apple a développé son health kit sans y intégrer un outil de tracking des régles!», pointe Małgorzata Ratajska-Grandin. Si le côté ‘fémino-féminin’ vous dérange, sachez que de nombreux bootcamps et associations non genrées pour le code se développent en Suisse.

7/Dites-vous qu’être une femme est un atout

L’univers tech et la culture geek qui l’entourent sont souvent perçus comme fondamentalement misogynes, et fermés. Aucune des interlocutrices interrogées n’a cependant fait part de difficulté à entrer et rester dans le secteur de la tech et du développement proprement dit en raison de leur genre.

Si le secteur est majoritairement masculin pour des raisons culturelles –l’accès des filles aux formations techniques et scientifiques notamment-, il se féminise peu à peu et s’est aussi extrêmement professionnalisé ces dernières années. «On va vers une grande professionnalisation et sectorisation des métiers de la tech», estime Małgorzata Ratajska-Grandin.

Reste que les filles n’y sont encore que 10%, selon les estimations. Mais, comme expliqué, savoir coder ouvre un grand nombre de portes dans une série de secteurs et n’implique pas d’être cantonnée à la tech!


Quelques organisations qui réunissent les femmes dans la tech en Suisse:

 Miranda Krekovic et Marta Martínez Cámara, fondatrices de GirlsCoding. DR

Miranda Krekovic et Marta Martínez Cámara, fondatrices de GirlsCoding. DR

  • Girls in Tech Switzerland est la déclinaison locale de l’organisation mondiale Girls in Tech fondée en 2007 par Adriana Gascoigne dans la Silicon Valley. C’est un groupe dynamique, bien implanté en Suisse romande, qui mêle empowerment, education et formation.
  • Women in Digital Switzerland, sans doute le plus important groupe des femmes dans le digital en Suisse. Bien implanté en Suisse romande, il propose toute une série d’évènements dont des meetups mensuels thématiques qui permettent en une soirée, de comprendre les enjeux d’une question ou d’une technologie.
  • Geek Girls Carrots est présente à Genève et Zurich via des meetups régulier. C’est une émanation de l’organisation Geek Girls Carrots, fondée en 2011 en Pologne, présente dans dix pays, majoritairement européens. Son ambition est d’attirer les femmes dans la tech. Des workshops pour apprendre à coder y sont notamment organisés.
  • Women Plus Plus, une ONG Suisse dédiée à la diversité dans la tech. Les évènements ont plutôt lieu sur Zurich. Une sorte d’équivalent à Women Who Code qui est présent en France et en Allemagne mais pas encore en Suisse.
  • GirlsCoding, est avant tout destinée aux filles de 9 à 12 ans qui souhaitent apprendre à coder. Aux Etats-Unis l’initiative existe évidemment aussi et s’appelle Girls Who Code.
  • Enfin Google lui-même a lancé un groupe dédié aux femmes dans la tech, Women Tech Makers
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