«J’aimerais que les quotas ne soient pas nécessaires mais, au final, je suis pour»

Anne Hornung, présidente du conseil d'administration des TPG. DR Laurent Guiraud / TDG
Anne Hornung, présidente du conseil d'administration des TPG. DR Laurent Guiraud / TDG

Parce que plus d’égalité hommes-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

Cette semaine rencontre avec Anne Hornung-Soukup, présidente du conseil d’administration des TPG, Transports publics genevois.

 

De nationalité suisse-américaine, Anne Hornung-Soukup a brillamment mené une carrière dans la finance à Genève, après des études aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et en Suisse. Après une première expérience bancaire, elle crée avec un partenaire sa propre société de gestion puis devient associée d’une société de gestion plus importante. Elle a servi comme présidente ou membre de conseil pour de nombreuses associations à Genève, y compris le Career Women’s Forum, le American International Club, le American International Women’s Club et d’autres. Elle est présidente du conseil d’administration des TPG depuis juillet 2016 et a pris sa retraite de la finance fin 2017.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

Parce que je ne venais pas du monde politique, Luc Barthassat – Conseiller d’Etat chargé des transports – s’est intéressé à ma candidature pour le poste de présidente du conseil d’administration des TPG. Mon profil entrepreneurial et neutre, non lié à un courant politique spécifique, a probablement été décisif dans son choix d’une femme cadre, compétente en communication et capable de rassembler, tout autant que d’apporter des idées pour le développement des transports publics dans la région. Il fallait pour ce poste quelqu’un de neutre qui pourrait encourager des meilleures idées pour l’entreprise, sans suivre une ligne politique spécifique.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction, les compétences que vous avez développées?

C’est la vision stratégique à long terme d’une entreprise publique qui m’intéresse, d’autant qu’elle fait face à des changements rapides de mobilité et de société. En tant que présidente du conseil, il est primordial d’encourager tous les membres à garder les yeux sur l’horizon au lieu de se concentrer sur le court-terme, ce qui n’est pas toujours facile !

Nous devons anticiper et favoriser la mise en place de toutes les nouvelles idées de transport et d’urbanisme qui affecteront non seulement les Tpg, mais aussi la région et les habitants pendant les prochaines décennies. C’est une responsabilité considérable ! Ces changements de mobilité affecteront notre façon de vivre pendant très longtemps.  (…) La prise en considération des enjeux et des impacts sociétaux liés à la mobilité durable est passionnante ! Par exemple, nul ne pouvait prédire, il y a dix ans, que les vélos électriques seraient des concurrents directs du transport collectif, mais c’est bien le cas aujourd’hui.

Quels sont les moyens dont vous usez pour faire passez vos convictions en tant qu’administratrice?

Je sais être persuasive, patiente et faire preuve d’esprit de synthèse. La consultation et la discussion sont vitales au sein du conseil : chaque membre doit pouvoir présenter ses idées librement et dans un esprit constructif. C’est tout l’intérêt d’un conseil, de rassembler des profils complémentaires et des opinions diverses pour enrichir le débat. Un bon président doit savoir écouter des visions différentes, mener le débat, et accompagner les membres du conseil dans leur recherche de la meilleure solution pour la gouvernance et l’avenir de l’entreprise.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, le challenge que vous avez connu?

Gérer une entreprise publique est une grande responsabilité. Et c’était nouveau pour moi.  Mon plus grand challenge est de gérer le rapport essentiel mais délicat entre le pouvoir politique et l’entreprise. Les actionnaires des Tpg sont les contribuables du canton : le conseil d’administration et le pouvoir politique doivent agir de concert en veillant à la bonne gestion de l’argent public.  En même temps nous devons investir dans l’avenir, dans des projets innovants, qui peuvent des fois couter au début mais augmenter l’efficacité à l’avenir.  En plus, les Tpg sont une entreprise très visible dans la région, très appréciée par beaucoup de gens et critiquée par d’autre.  Il faut toujours travailler pour améliorer l’entreprise en gérant les commentaires des uns et des autres.

Comment améliorer la représentation des femmes en politique ou dans l’économie selon vous, pourquoi est-ce important?

Il faudrait pouvoir encourager les femmes à se présenter à des postes différents, les coacher pour améliorer leur visibilité et informer les hommes sur les avantages liés à une plus grande diversité. Il est important de savoir que les conseils mixtes ont une meilleure performance en bourse !  J’étais ravie de savoir que le conseil des TPG, une société plutôt industrielle, est composé des plus d’un tiers de femmes, nettement mieux que les autres régies publiques du canton.  Cette diversité fonctionne bien aux TPG.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui aimerait devenir administratrice?

Je lui recommanderais d’être visible, présente et active dans des associations, des partis politiques ou des organisations bénévoles.  De développer son expérience et son réseau. De s’engager pour des causes qui la passionnent. De cultiver un réseau de connaissances et d’amis qui partagent les mêmes passions. Le reste suivra.

A titre personnel, que pensez-vous des quotas?

C’est un sujet qui déchaine les passions.  J’aimerais bien que les quotas ne soient pas nécessaires mais au final, je suis pour.  On parle de l’importance d’avoir plus de diversité au sein des conseils depuis des décennies, mais le changement se fait à une vitesse tellement glaciale qu’on sera en 2100 avant d’approcher la parité. Même la Norvège, pays scandinave ouvert et progressif, a dû imposer des quotas pour amener le changement. Un autre exemple d’une évolution lente est le droit de vote cantonal des femmes du canton d’Appenzell. Les hommes du canton ont voté plusieurs fois contre le droit de vote des femmes, et elles ont dû recourir au Tribunal fédéral pour pouvoir exercer ce droit fondamental. Il faut parfois changer la loi avant de pouvoir changer les mentalités !

 



Le Cercle Suisse Des Administratrices
Depuis sa création en janvier 2014 le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes, expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d’administration d’entreprises et d’organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l’accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d’opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l’économie pour participer activement au développement de nos entreprises. Il n’est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s’engager ou encore qu’il est difficile de les trouver.
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