Isabelle Augsburger-Bucheli: “J’ai renforcé ma capacité à gérer des situations de crises”

Isabelle Augsburger-Bucheli est aujourd’hui doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ILCE), vice-directrice de la Haute école de gestion Arc. DR
Isabelle Augsburger-Bucheli est aujourd’hui doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ILCE), vice-directrice de la Haute école de gestion Arc. DR

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices. Cette semaine rencontre avec Isabelle Augsburger-Bucheli, administratrice et doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique.

Parcours professionnel

Active pendant une quinzaine d’années dans le milieu fiduciaire, docteure et professeure de droit à la haute école de gestion Arc à Neuchâtel, Isabelle Augsburger-Bucheli est aujourd’hui doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ILCE), vice-directrice de la Haute école de gestion Arc.

Présidente du conseil d’administration de Mon Repos Exploitation SA* depuis 2011, elle a également siégé dans différents conseils d’administration, fondations ou comités d’associations professionnelles, culturelles et sociales et a été élue, en 2013, membre de l’autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

Au départ, ce fut pour soutenir mon mari, dans le cadre du conseil d’administration de sa société, Augsburger SA Fiduciaire à Bienne. Par la suite, le fruit de rencontres et d’opportunités que j’ai su saisir. Du fait de mon engagement politique et entrepreneurial, j’ai été sollicitée pour siéger au sein de différentes commissions de la ville de Bienne ou auprès de l’Union Suisse des Fiduciaires.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction ? Quelles compétences avez-vous développées?

La diversité des problématiques rencontrées, tant au niveau de la taille de l’entreprise, de son domaine d’activités que de sa gestion, privée vs publique ou partiellement subventionnée. Pour chacune de ces expériences, la phase d’apprentissage nécessaire à la compréhension du fonctionnement de l’entreprise, des spécificités du marché et de ses enjeux est passionnante. La réussite de cette étape est cruciale pour jouer efficacement son rôle d’administratrice.

Au fil des années, j’ai renforcé ma capacité à gérer des situations de crises ou de conflits et développé de nouvelles compétences managériales et stratégiques, notamment en matière d’analyse des risques. Spécialiste des risques cyber, je mesure l’importance de la prise en compte des enjeux liés à la digitalisation et à la sécurité des données et donc, à la mise en place d’une réelle stratégie de cybersécurité, par les PME et les conseils d’administration, dont elle en est – malheureusement – trop souvent absente. Passionnée par cette problématique, je suis fortement impliquée dans la mise en place de nouvelles formations dédiées à la cybersécurité dispensées à la HEG Arc de Neuchâtel.**

Quels sont les moyens dont vous usez pour faire passer vos convictions en tant qu’administratrice?

Bien préparée à la discussion, rôdée à l’exercice politique au sein du Parti radical, je communique le plus clairement possible afin de rallier une majorité à ma position. Dans certains cas, la négociation est indispensable pour arriver à une décision commune et partagée : le sens de l’écoute et le respect de tous les interlocuteurs facilitent alors grandement le processus.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, le challenge que vous avez connu?

Dans mes précédents mandats, les problèmes les plus délicats à traiter ont concerné des situations liées au management: par exemple, l’incapacité durable d’un des responsables à remplir ses fonctions ou des divergences importantes entre la direction et le conseil d’administration. Mon challenge actuel consiste à favoriser le déploiement de la stratégie de développement de Mon Repos Exploitation SA pour assurer sa pérennité. Ce défi pourra être relevé avec succès – j’en suis convaincue – grâce aux excellentes relations entre le conseil d’administration, la direction et l’actionnaire, et du fait de la saine gestion financière de la structure.

Comment améliorer la représentation des femmes en politique ou dans l’économie ? Pourquoi est-ce important?

Qui dit meilleure représentation des femmes au sein des conseils d’administration dit non seulement respect du principe d’égalité, mais aussi performance et réussite financière. Il faut donc agir à tous les niveaux :

– informer les hommes et les femmes, employés et employeurs, sur l’équilibre professionnel et familial, afin de permettre à tous de réussir leur carrière en élevant des enfants ;

– témoigner de l’efficience des conseils mixtes ;

– apprendre aux femmes à coopter d’autres femmes pour les faire entrer dans un conseil.

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui aimerait devenir administratrice?

 Avoir confiance en elle et faire connaître son ambition. Rejoindre un réseau spécialisé comme le Cercle suisse des administratrices, afin de favoriser le réseautage entre ses membres et avoir accès à des formations ciblées et du coaching, mais aussi s’ouvrir à d’autres réseaux semblables, plus … masculins. C’est indispensable, puisque la cooptation continue à jouer un rôle important dans le renouvellement d’un conseil.

A titre personnel, que pensez-vous des quotas?

 Je ne suis pas vraiment une adepte des quotas. Néanmoins, force est de constater que sans contrainte, un partage des postes clés de l’entreprise – mieux équilibré entre les sexes – restera encore longtemps un vœu pieux.

La Suisse disposant d’un nombre important de femmes très bien formées et dotées d’expériences variées, je fais le pari que l’avènement de quotas n’empêchera pas les conseils d’être composés de compétences complémentaires et efficaces – bien au contraire!

* EMS du Jura bernois (120 lits et environ 150 employés), situé à La Neuveville.

** Par ex., Stratégie de sécurité de l’information à l’attention du Conseil d’administration, https://www.he-arc.ch/agenda/strat%C3%A9gie-de-s%C3%A9curit%C3%A9-de-linformation-%C3%A0-lattention-du-conseil-dadministration



Le Cercle Suisse Des Administratrices
Depuis sa création en janvier 2014 le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes, expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d’administration d’entreprises et d’organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l’accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d’opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l’économie pour participer activement au développement de nos entreprises. Il n’est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s’engager ou encore qu’il est difficile de les trouver.
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