«Il faut appliquer les règles anti-dumping salarial aux femmes»

Manuela Honegger, fondatrice du mouvement féministe Laliste, trouve le projet Sommaruga insuffisant.

Manuela Honegger, fondatrice de Laliste, estime que la réforme en cours de la loi sur l’égalité salariale ne concernerait que 1% à 2% des entreprises, et veut que Genève applique aux femmes les mêmes règles anti-dumping appliquées aux étrangers dans le cadre de la libre circulation.

Le projet de modification de la loi sur l’égalité, porté par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, fait débat au parlement suisse et en dehors. Alors que la réforme veut contraindre les entreprises à un contrôle externe qui permette de définir si elles appliquent une véritable égalité de salaires entre femmes et hommes, qui affichent toujours un écart de 18%, totalement injustifié dans 40% des cas, cette proposition ne concerne en réalité qu’une infime partie des entreprises suisses. Critiques et solutions avec Manuela Honegger, fondatrice du mouvement féministe Laliste.

Vous reprochez au projet Sommaruga le fait qu’il ne concerne que très peu d’entreprises. L’estimez-vous insuffisant ?
Totalement insuffisant. Le rapport d’expertise de Karine Lempen, professeure à l’Université de Genève, pour le bureau de l’égalité, a montré qu’à Genève, seules 2,4% des entreprises seraient soumises au contrôle s’il ne s’exerce que sur les entreprises de plus de 50 employés. Or il est maintenant question de contrôler seulement les entreprises de 100 employés. Dans ce cas, on exclurait 99% d’entreprises.

Quels autres reproches avez-vous à l’égard de la proposition du Conseil fédéral ?
Aucune sanction est prévue. La contrainte oblige seulement les entreprises à accepter qu’il y ait un contrôle externe, qui va déboucher sur un rapport, mais sans aucune conséquence. Pour moi, c’est la démonstration que les femmes n’ont pas de lobby opérant à Berne ; personne ne défend nos intérêts au Parlement.

Vous avez étudié le problème en profondeur. Quelles solutions seraient efficaces ?
Ce que nous, Laliste, proposons maintenant à Genève, c’est de s’inspirer des règles en vigueur dans le cadre de la libre circulation. En effet, Genève est un des cantons qui contrôle le plus sévèrement les écarts de salaires entre les étrangers et les Suisses, ceci afin de lutter contre le travail non déclaré ou ce qu’on appelle le travail au noir. Deux mesures existent et des sanctions sont appliquées. Premièrement, on fixe des contrats-types: un étranger et un Suisse doivent avoir le même contrat. Deuxièmement, on étend les conventions collectives aux étrangers. En cas de non-respect, l’Etat fait des contrôles et les syndicats ou partenaires sociaux veillent à l’application des conventions. Des sanctions sont prévues en cas de non respect. Nous, Laliste, exigeons d’appliquer exactement les mêmes mesures pour ce qu’on appelle le “dumping salarial” des femmes. A partir de ce lundi 26 février, nous ferons campagne dans ce sens.

Vous voulez donc les mêmes règles pour les femmes que pour les étrangers ?
Actuellement, ce qu’on est prêts à appliquer aux étrangers, on n’est pas prêts à l’appliquer aux femmes. Je salue cette protection des étrangers, mais elle montre qu’on a, en réalité, tous les mécanismes qu’il faut pour réguler efficacement les différences de salaires hommes-femmes et le cas échéant de prononcer les sanctions. J’appelle le conseil d’Etat de Genève à appliquer les mêmes mesures et en cas de non respect de l’égalité salariale hommes-femmes, et d’être prêt à appliquer des sanctions.

 

Analyses