Grossesse au travail: les pièges à éviter

Bloom&Co a été fondé en 2017 pour conseiller les femmes actives et les employeurs sur les meilleurs moyens de concilier grossesse et vie active. Image: Bloom&Co

Concilier maternité et travail ne va pas de soi. Il faut savoir s’écouter, continuer à être efficace, préparer son congé maternité. Trouver son rythme n’est pas évident. Dialoguer avec son employeur pas toujours facile. Quelques conseils pour que cette période soit apaisée…et ne soit pas un obstacle au retour au travail par la suite.

1-Connaître ses droits

Saviez-vous qu’une femme enceinte a le droit de stopper son travail le temps d’une pause ou de le quitter en cas de fatigue, sous réserve d’en informer ses supérieurs? Qu’une pause spéciale de dix minutes toutes les deux heures est réservée aux femmes enceintes dès le quatrième mois de grossesse? Ces possibilités sont très souvent inconnues de la plupart des femmes. «Il ne faut pas hésiter à s’informer pour faire valoir ses droits», explique Virginie Pilault du syndicat Unia qui a édité une brochure spéciale sur le sujet. En Suisse toute une série de dispositions existe dans le droit pour faciliter la vie des femmes enceintes au travail. Mais elles sont, de fait, peu utilisées. D’un côté, il y a des employeurs récalcitrants. «Dans les secteurs très féminisés avec des horaires difficiles, comme l’hôtellerie-restauration, on découvre parfois des cas aberrants», témoigne Virginie Pilault. De l’autre, des femmes actives parfois mal informées. Ou qui gardent sciemment le même rythme de travail, pour plusieurs raisons. Par peur de perdre leur poste, d’abord, car si aucun chiffre n’existe sur le sujet, les licenciements après une grossesse sont encore une réalité dans certains secteurs, notamment l’hôtellerie restauration, pointe Unia. Mais par caractère ou par conviction, aussi. «Je vois parfois des femmes très égalitaristes qui veulent mener leur carrière comme un homme. Mais la maternité est un phénomène qui les confronte à leur inégalité car physiquement, elles n’y arrivent plus. Il vaut donc mieux vaut apprendre à concilier grossesse et travail dès le départ, car cela annonce déjà comment les choses peuvent se passer après», explique Laetitia Ammon-Chansel, sage-femme de formation, qui a fondé Bloom&Co à Genève en 2017, pour conseiller les femmes actives et les employeurs, sur les meilleurs moyens de concilier grossesse et vie active.

2-Anticiper

Une femme enceinte n’est pas tenue d’annoncer sa grossesse, mais de fait, avoir une discussion claire avec son employeur assez tôt permet de poser beaucoup de  choses à plat, ce qui est essentiel. «Une charge de travail ajustée et des horaires adaptés permettent de rester dans la vie active plus longtemps. Travailler sans aménagement peut entraîner une surcharge nécessitant un break, voir un départ anticipé plusieurs mois avant l’accouchement», prévient Déborah Pluchino, coach professionnelle en maternité depuis cinq ans, et qui a fondé réussirmagrossesse.com à Mont-sur-Rolle, entre Genève et Lausanne.

Anticiper, cela peut notamment signifier de lister ses tâches, ce qui est en soi prenant, permet de réaliser l’ampleur de ses compétences et de son poste. «Souvent, on se dit qu’un collègue pourra prendre une part de l’activité, etc. Mais quand on liste tout, on comprend que déléguer ou découper les tâches n’est pas toujours évident. On peut aussi avoir tendance à accumuler des tâches additionnelles au fil des années, qui rendent les journées très longues. Il faut réfléchir à alléger le poste. C’est peut-être l’occasion de clarifier son cahier des charges. Et de revenir dans de bonnes conditions. Six mois après la naissance, la majorité des mères ont envie de reprendre leur activité et la vie active», complète Déborah Pluchino.

réussirmagrossesse.com

“Travailler sans aménagement peut entrainer une surcharge nécessitant un break voir un départ anticipé plusieurs mois avant l’accouchement”, prévient Déborah Pluchino, coach professionnelle en maternité depuis cinq ans, et qui a fondé réussirmagrossesse.com à Mont-sur-Rolle près de Genève. Image: réussirmagrossesse.com.

3-Dialoguer avec son employeur et proposer des solutions

«Le conseil n.1 c’est parler», estime Véronique Kämpfen, chargée de communication à la Fédération des Entreprises Romandes. «Il ne faut pas hésiter à dire si on souhaite baisser son temps de travail. Et aussi être pro-actif, venir avec une solution. Annoncer les choses assez tôt de manière franche et ouverte permet à l’employeur de s’organiser, qu’il s’agisse d’organiser du télétravail ou d’un poste réduit pour une durée limitée. J’ai toujours considéré qu’une absence planifiable n’était pas un problème. Ce qui est compliqué à gérer pour un employeur et les ressources humaines c’est un certificat médical prolongé de semaine en semaine».

Bien entendu, chaque grossesse est différente, et certains aspects ne sont pas planifiables. Certaines employées n’osent pas communiquer. «Un manager devrait pouvoir régulièrement interroger son employée, lui demander comment ça se passe, comment elle se sent et lui-même anticiper la reprise des dossiers par l’équipe», remarque Laetitia Ammon-Chansel, qui forme notamment les managers sur les bonnes pratiques de communication envers leurs employées, «bienveillantes mais pas intrusives, qui montrent à la femme que ce qu’elle vit est pris en compte».

4-Adapter sa charge de travail

Près de 80% des femmes interrogées par Laetitia Ammon-Chansel, au lancement de Bloom&co n’adaptaient pas leur charge de travail pendant la grossesse. Une erreur selon cette spécialiste qui rappelle, que les femmes sont naturellement plus fatiguées durant cette période et sont évidemment focalisées sur leur enfant, «par un phénomène lié à l’hypersensibilité hormonale, une préoccupation maternelle primaire utile pour développer l’attachement à leur enfant». Stress et surmenage ont une influence négative sur le bébé, conduisant à «davantage de prématurité, des retards de croissance intra-uterins», remarque la sage-femme.

Cette adaptation de la charge reste difficile à admettre et à pratiquer. «Je suis persuadée que dans le monde médical on donne des conseils sans réaliser qu’ils sont durs à appliquer sur le lieu de travail», assure Laetitia Ammon-Chansel. Parfois les femmes enceintes elles-mêmes n’utilisent pas les salles prévues pour se relaxer. Sur une journée, il est pourtant important «de se ménager des pauses toutes les 45 à 90 minutes et et de profiter des espaces de repos que les entreprises doivent mettre à disposition», glisse Déborah Pluchino. «Il est prouvé que se recentrer permet d’abaisser le rythme cardiaque, ce qui permet d’avoir plus d’oxygène pour soi et son bébé. Boire beaucoup est également essentiel.»

Flexibiliser ses heures de travail durant la grossesse est possible, mais dans certaines limites. «Si on est à 100%, mais très fatiguée, on ne peut pas simplement dire: je viens à midi mais je travaillerai sans pause, car légalement, l’employeur est tenu de veiller à la santé de ses équipes et de s’assurer que la pause obligatoire dans une journée de 8h a été prise», remarque Véronique Kämpfen. Autre possibilité: négocier un temps partiel avec son employeur, ou obtenir un certificat médical en discussion avec son médecin (voir encadré). L’essentiel est de s’écouter et faire le point régulièrement.

5-Faire appel à un professionnel

Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, l’idée d’être épanouie sur tous les plans est importante. «Les femmes veulent passer du temps en famille, être jolies, travailler», note Laetitia Ammon-Chansel. Face à toutes ces envies –ressenties par certaines comme des injonctions contradictoires-, certaines femmes «oublient parfois de prendre en compte qu’elles sont enceintes», remarque Déborah Pluchino. Or bien prendre en compte cette période et lui accorder le temps qu’elle mérite pour adapter son organisation sur le plan personnel et surtout professionnel est bénéfique pour tout le monde, selon elle. «Si cette période se passe bien au travail, les femmes auront aussi plus à cœur de continuer leur carrière.» L’enfant lui, aura la considération qu’il mérite «et cela réduit le risque d’un besoin de pédopsychiatre par la suite», pointe la jeune coach. Et cette mission, désormais, peut être confiée à des experts. Pourquoi faire cette démarche? «Car aujourd’hui les grands-parents sont parfois superactifs et peu disponibles. Et les copines ont souvent tendance à raconter d’abord leurs souvenirs traumatiques», plaide la spécialiste. Mais aussi, et surtout, car c’est un énorme gain de temps. Et parfois, l’occasion de faire d’une pierre deux coups et de réaliser un vrai bilan de carrière.


Le temps partiel durant la grossesse, enjeu fort

Négocier un temps partiel durant la grossesse devrait pouvoir se faire sans heurts, mais cela reste un enjeu politique fort. Le temps partiel peut être négocié avec son employeur, mais cela signifie une perte de salaire et cela n’est en soi pas évident : selon le métier, le poste, le taux d’activité, la négociation peut s’avérer difficile. Autre option, fréquemment choisie: un temps partiel «peut être imposé pour des raisons médicales, au travers d’un certificat médical», explique la FER. «Dans ce cas, si l’employeur a conclu une assurance perte de gain maladie, c’est cette assurance qui prendra en charge le salaire de l’employée durant son absence. En revanche, si l’employeur n’a pas conclu une telle assurance, qui n’est pas obligatoire, c’est lui qui prendra en charge le salaire durant une période limitée, en fonction de l’ancienneté de l’employée au sein de l’entreprise». Injuste, répond Unia qui estime que «les employeurs se défaussent et font payer aux assurances leurs propres charges. Que chacun respecte la loi et que les employeurs arrêtent de considérer femmes enceintes comme une charge.»

Conseils