En Russie, l’accès à l’emploi des femmes est toujours bridé par 450 lois

Le combat d'une femme souhaitant devenir capitaine a été emblématique en Russie. DR Nations Unies
Le combat d'une femme souhaitant devenir capitaine a été emblématique en Russie. DR Nations Unies

La législation en vigueur en Russie est le reflet d’un conservatisme patriarcal toujours bien ancré. Il n’existe ni de loi anti-discrimination à l’embauche, ni loi sur l’égalité salariale, ni sur le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Pire : une liste pléthorique d’emplois « prohibés » pour les femmes adoptée sous l’URSS est toujours en place. 

La Russie sera sous les feux des projecteurs durant un mois, à l’occasion de la 21e édition de la Coupe du monde de football, qui débute le 14 juin. L’occasion de se pencher sur ce pays, non pas sous l’angle de l’attrait féminin pour le ballon rond, mais sur les conditions de travail des femmes.

Récemment, le magazine britannique The Economist publiait un article sur les barrières légales qui empêchent les femmes d’accéder à certains emplois, ou leur imposent des conditions différentes des hommes. Se basant notamment sur un rapport de la Banque Mondiale*, l’article souligne  que les femmes sont toujours pénalisées dans une centaine de pays par des lois qui limitent leur accès au travail.

Dans le cas de la Russie, on trouve même une liste de restrictions pour plus de 450 métiers… Dans les pages d’introduction de son rapport, la Banque Mondiale met justement l’accent sur la Russie, en rappelant le parcours rocambolesque d’une jeune femme qui voulait réaliser son rêve : devenir capitaine d’un navire.

Elle en avait les capacités : Svetlana Medvedeva a obtenu un diplôme d’officier de navigation. En 2012, elle présente sa candidature à un poste de capitaine de navire proposé par Samara River Passenger Enterprise. Mais l’entreprise, qui avait initialement consenti à l’embaucher, est ensuite revenue sur sa décision, en raison des dispositions restrictives du droit du travail. Svetlana Medvedeva décide alors de tout entreprendre pour avoir gain de cause. Elle est passée par toutes les instances judiciaires possibles, jusqu’à la Cour suprême de Russie et le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Sans succès.

Relique de l’URSS

Selon Amnesty International, les restrictions en vigueur en Russie empêchent par exemple les femmes de conduire des trains, de devenir charpentières, chauffeuses routières ou plongeuses professionnelles. Cette liste des emplois « prohibés » a été adoptée à l’origine en URSS en 1974. Elle a (étonnamment!) été confirmée en 2000 par le Règlement 162 du gouvernement russe.

Partant de là, forcément, il n’existe pas de loi anti-discrimination à l’embauche en Russie, pas plus que de loi sur l’égalité salariale ou sur le harcèlement sexuel sur le lieu de travail… En conséquence, la Russie occupe la 71e place dans le classement Index Gender Gap 2017, établi par le World Economic Forum.

Enfin, toujours selon le rapport de la Banque Mondiale, il  reste encore quatre pays dans le monde où il est impossible pour une femme de créer une entreprise (Bhoutan, Guinée-Bissau, Pakistan, Surinam) et 18 pays ou son époux peut l’empêcher de travailler.

Un résumé de quelques éléments clefs du rapport de la Banque Mondiale, par The Economist.

 

*Women, Business and the Law 2018

La Russie sera sous les feux des projecteurs durant un mois, à l’occasion de la 21e édition de la Coupe du monde de football, qui débute le 14 juin. L’occasion de se pencher sur ce pays, non pas sous l’angle de l’attrait féminin pour le ballon rond, mais sur les conditions de travail des femmes.

Récemment, le magazine britannique The Economist publiait un article sur les barrières légales qui empêchent les femmes d’accéder à certains emplois, ou leur imposent des conditions différentes des hommes. Se basant notamment sur un rapport de la Banque Mondiale*, l’article souligne  que les femmes sont toujours pénalisées dans une centaine de pays par des lois qui limitent leur accès au travail.

Dans le cas de la Russie, on trouve même une liste de restrictions pour plus de 450 métiers… Dans les pages d’introduction de son rapport, la Banque Mondiale met justement l’accent sur la Russie, en rappelant le parcours rocambolesque d’une jeune femme qui voulait réaliser son rêve : devenir capitaine d’un navire.

Elle en avait les capacités : Svetlana Medvedeva a obtenu un diplôme d’officier de navigation. En 2012, elle présente sa candidature à un poste de capitaine de navire proposé par Samara River Passenger Enterprise. Mais l’entreprise, qui avait initialement consenti à l’embaucher, est ensuite revenue sur sa décision, en raison des dispositions restrictives du droit du travail. Svetlana Medvedeva décide alors de tout entreprendre pour avoir gain de cause. Elle est passée par toutes les instances judiciaires possibles, jusqu’à la Cour suprême de Russie et le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Sans succès.

Relique de l’URSS

Selon Amnesty International, les restrictions en vigueur en Russie empêchent par exemple les femmes de conduire des trains, de devenir charpentières, chauffeuses routières ou plongeuses professionnelles. Cette liste des emplois « prohibés » a été adoptée à l’origine en URSS en 1974. Elle a (étonnamment!) été confirmée en 2000 par le Règlement 162 du gouvernement russe.

Partant de là, forcément, il n’existe pas de loi anti-discrimination à l’embauche en Russie, pas plus que de loi sur l’égalité salariale ou sur le harcèlement sexuel sur le lieu de travail… En conséquence, la Russie occupe la 71e place dans le classement Index Gender Gap 2017, établi par le World Economic Forum.

Enfin, toujours selon le rapport de la Banque Mondiale, il  reste encore quatre pays dans le monde où il est impossible pour une femme de créer une entreprise (Bhoutan, Guinée-Bissau, Pakistan, Surinam) et 18 pays ou son époux peut l’empêcher de travailler.

Un résumé de quelques éléments clefs du rapport de la Banque Mondiale, par The Economist.

 

*Women, Business and the Law 2018

Analyses