Egalité: sept leçons de Davos, directement applicables

Justin Trudeau a posé le combat pour l'égalité des femmes en priorité pour la présidence canadienne du G7.

Offrir plus de visibilité aux femmes: voilà la clef pour une société paritaire, ont souligné les participants au sommet de Davos après une semaine d’intenses débats sur la question de l’égalité des genres. Comment y parvenir? Quelques pistes, qui ne s’excluent pas, mais au contraire sont plus efficaces lorsqu’elles sont combinées.

Avec sept femmes à la tête du sommet annuel de Davos et 29% de panélistes (pour 21% de participantes), le WEF a choisi cette année de mettre les femmes à l’honneur. «Le WEF a voulu faire quelque chose d’exemplaire. Mais si on regarde le taux de participation des femmes à Davos, on n’a progressé que de 2%. Et si on regarde la distribution de la puissance dans une entreprise aujourd’hui, les femmes sont presque invisibles», déplore Philip Jennings, secrétaire général de UNI Global Union, fédération internationale de syndicats.

Jennifer Zhu Scott, CEO de Radian Partners, société de conseils en placements financiers et crypto-monnaies, le reconnaît sans détours: «Les femmes sont très peur présentes dans la blockchain: le secteur financier laisse peu de place aux femmes, et c’est encore pire dans la tech».

1-Etudier l’histoire et casser les mythes

Des domaines entiers où les femmes sont peu représentées… car moins fortes que les hommes? C’est un stéréotype que casse l’excellente exposition présentée par l’ONG Seneca Women et Procter & Gamble pendant le sommet de Davos: «Les femmes ne sont pas faites pour la technologie? C’est un mythe! Les femmes ont joué un rôle crucial dans le développement de l’informatique, mais elles n’ont pas bénéficié de l’attention qu’elles méritaient», affirme Melanne Verveer, ex-chef de cabinet de Hillary Clinton et co-auteure de Fast Forward: How Women Can Achieve Power and Purpose.

2-Instaurer la représentation équitable, l’inciter et la récompenser

Pour combler ce déficit de reconnaissance, le rôle des médias est crucial. «Chez USA Today, nous avons adopté une charte afin de présenter sur notre une autant de femmes que d’hommes», témoigne Donna Leinwand Leger, managing editor pour le quotidien USA Today –qui tire à près d’un million d’exemplaires par jour, sans compter ses lecteurs en ligne-. Mais elle a longtemps dû faire face à des réticences. «Quand nous travaillions sur un sujet précis, des journalistes masculins venaient me voir pour me dire qu’ils avaient du mal à trouver des interlocutrices, qu’ils n’avaient que des hommes comme experts. J’ai dû insister car ces femmes existent, elles sont juste plus compliquées à trouver. C’est une question de volonté et de travail. Et si mes journalistes n’en trouvaient pas, j’actionnais le levier financier: leur notation annuelle était péjorée et leur progression de carrière freinée».

3-Pour prouver que l’égalité est efficace, mettre les chiffres sur la table

Une meilleure représentativité aux postes dirigeants valide également la voix des femmes: «Quand les femmes représentent moins de 30% dans un groupe comme un conseil d’administration, leurs voix ont tendance à ne pas être entendues ou prises en compte», regrette Joanne Lipman, rédactrice en chef de USA Today. «Il faut communiquer par l’exemple, conseille Kathleen Rice, élue démocrate de l’État de New York à la Chambre des représentants des États-Unis et ancienne procureure. Les pays qui ont promu la présence des femmes aux postes clefs de l’économie et de la politique sont ceux qui sont les plus résilient face aux crises. Et il en va de même pour les entreprises. Si vous assurez à un conseil d’administration qu’une plus forte proportion de femmes dirigeantes va lui épargner le risque de pertes, ses membres vont prendre conscience de leur intérêt et nommer des femmes». «Il faut mettre les chiffres sur la table et montrer aux entreprises qu’elles ont tout à gagner à nommer des femmes au sommet», confirme Bineta Diop, militante sénégalaise des droits des femmes et fondatrice de l’ONG Femmes Africa Solidarité (FAS).

4-Instaurer des outils et réseaux de soutien

Mais pour elle, cela ne suffit pas: «Souvent les femmes sont réticentes à être soutenues car elles pensent que cela va les desservir, elles préfèrent réussir seules. Mais la société est lente à évoluer. Il faut donc mettre en place des réseaux de solidarité, avec du coaching, du mentoring et du lobbying». Et de citer l’exemple des pays scandinaves où les femmes ont obtenu des avancées légales en se mobilisant de longue date: «Grâce aux congés paternité, les tâches ménagères sont partagées et la femme dispose des mêmes atouts que les hommes pour mener sa carrière et devenir une leader reconnue et visible».

5-Mettre en place des vraies politiques pro-famille

Un discours adopté et largement promu par Justin Trudeau. Le Premier ministre canadien a affirmé à Davos qu’il «est temps de s’intéresser sérieusement aux congés parentaux et à la garde des enfants. Nous devrions encourager les femmes et les hommes à prendre les meilleures décisions pour leur situation familiale». En pointe sur ce sujet, le dirigeant canadien a insisté sur le fait qu’«avoir plus de femmes dans les positions de pouvoir ne participera pas seulement à notre croissance économique, à la création d’emplois et au renforcement de la société. Mais cela sera également une source d’innovation et de changements sur le lieu de travail».

6-Pour résoudre l’inégalité, un dirigeant doit la considérer comme un problème à traiter en priorité

Des paroles aux actes, Justin Trudeau a annoncé que la philanthrope Melinda Gates et l’ambassadrice du Canada en France Isabelle Hudon allaient coprésider le Conseil consultatif pour l’égalité des sexes du G7. Alors que le Canada a pris la présidence de l’instance, il a placé la question de l’égalité hommes-femmes au centre de ce mandat.

7-Le meilleur outil reste l’éducation

Enfin, le président français a esquissé une autre piste pour voir émerger davantage de femmes leaders, notamment dans les pays en développement: «Si on n’investit pas dans l’éducation des jeunes femmes, on ne résoudra pas les problèmes de la planète. Si on n’investit pas dans l’éducation des jeunes filles, on investit dans le court-terme. Je souhaite que chaque euro investi dans les pays émergents le soit dans des programmes d’éducation des femmes, afin que celles-ci aient un meilleur accès aux postes décisionnels».

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