Coupe du monde de football féminin: salaires, primes, budgets, à quand l’équité?

L'Américaine Lauren Holiday (à g.) et la Japonsaise Yuika Sugasawa lors de la finale de la Coupe du monde féminine 2015. AFP PHOTO/NICHOLAS KAMM / AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM

Alors que la planète bat au rythme de la Coupe du monde de football masculin, les premières grandes lignes de la prochaine coupe du monde féminine se dessinent. Avec des interrogations sur la disproportion des budgets, des salaires et des primes entre les joueuses et leurs homologues masculins.

La huitième édition de la Coupe du monde de football féminin se déroulera en France du 7 juin au 7 juillet 2019 dans les villes de Grenoble, Le Havre, Lyon, Montpellier, Nice, Paris, Reims, Rennes et Valenciennes.

Les qualifications n’ont pas encore commencé en Amérique du Nord, en Afrique et en Océanie et sont encore en cours en Europe. Mais du côté de l’Asie et de l’Amérique du Sud tout est déjà fixé: le Japon, l’Australie, la Chine, la Thaïlande et la Corée du Sud représenteront l’Asie, et le Brésil et le Chili, l’Amérique du Sud. En Europe, l’Italie et l’Espagne sont déjà assurés de participer, ainsi que la France, pays d’accueil, qui est qualifié d’office. Pour le reste, il faudra attendre la fin des sélections.

Pour ce qui est du budget, comme l’annonçait en 2015 à l’AFP le président de la Fédération française de football, Noël le Graët, pour cette Coupe du monde féminine: «Le budget sera de 35 millions d’euros». Soit 3,8% du budget de la Coupe du monde masculine qui se tient en Russie actuellement, et dont le montant a été chiffré à 9,2 milliards d’euros, comme le rappelait Europe1 récemment.

Primes et audiences

Concernant les primes accordées aux joueurs: celles des femmes sont environ 10 fois plus faibles que celles des hommes. Les lauréates américaines de l’édition 2015 avaient perçu 1,7 million d’euros de la part de la FIFA, comparés aux 31,6 millions d’euros pour les gagnants de cette coupe du monde masculine 2018. Au niveau individuel, les joueuses de l’Equipe de France auraient chacune touché une prime de 30’000€ en cas de victoire finale de la part de leur fédération (les joueurs de Didier Deschamps toucheront quant à eux une prime de 300 à 400’000€ chacun en cas de victoire à Moscou le 15 juillet).

 

Cette prochaine coupe du monde sera diffusée sur TF1 comme pour les hommes cette année. La chaîne privée aura dépensé 10 millions d’euros pour la diffuser en intégralité. Une somme à comparer avec les 130 millions d’euros dépensés par Tf1 et BeIn Sports pour la Coupe du monde 2018. Cependant, les montants progressent rapidement dans le football féminin: en 2011, la chaîne W9 avait diffusé l’intégralité des rencontres pour un montant d’un million d’euros seulement.

«Ce n’est qu’une montée en puissance. Les audiences sont au rendez-vous, c’est la démonstration que le foot féminin de haut niveau intéresse», expliquait en 2017 au sujet de l’Euro féminin Vincent Chaudel, économiste du sport chez Wavestone interrogé par Europe 1. «Après, le foot féminin n’est pas encore au haut niveau du foot masculin. Mais voir du foot féminin en clair et attirer un million de téléspectateurs était impensable il y a cinq ans», ajoutait cet expert des revenus du sport-business.

Satisfaction aussi du côté des instances dirigeantes du football chez nos voisins français: «Depuis 2011, nous n’avons plus à demander aux chaînes de nous diffuser. Aujourd’hui, les médias viennent à nous», constate Brigitte Henriques, vice-présidente de la FFF. «Ça concrétise toute l’évolution du foot féminin. C’est la récompense de la qualité du jeu, du spectacle proposé», se réjouit-elle.

Corinne Diacre: figure emblématique à la tête des bleues

Corinne Diacre a été la première femme à entraîner une équipe de football masculine professionnelle. (AFP)

Corinne Diacre, ancienne joueuse de l’équipe de France, a repris les rênes des bleues en route pour la coupe du monde. Son parcours assez atypique fait d’elle un modèle dans la reconnaissance de la place des femmes dans le football. Après une carrière réussie en tant que joueuse au sein de l’équipe de France, elle a été la première femme à obtenir le Brevet d’entraîneur de football professionnel, puis à entraîner une équipe professionnelle masculine, le Clermont Foot 63, de 2014 à 2017. Elle entraîne maintenant les joueuses de l’équipe de France en vue de la Coupe du monde 2019.

Par ailleurs, elle montre aussi l’exemple en matière de réduction de l’écart salarial entre les championnes footballeuses et leurs homologues masculins. Le salaire sous contrat d’une footballeuse professionnelle se trouvant approximativement 100 fois plus faible que pour les footballeurs professionnels. La joueuse la mieux payée en 2017 était la Brésilienne Marta, qui jouait pour Rosenborg et gagnait 346’000€ par an, tandis que le footballeur argentin Carlos Tevez gagnait 31 millions d’euros par an en jouant pour le club chinois de Shanghai Shenhua.

Mais Corinne Diacre a obtenu d’être payée, en tant qu’entraîneure, autant qu’un homme aux compétences égales comme l’assurait à l’époque à RMC Sport Claude Michy, président de Clermont Foot 63: «C’est le même salaire que si on avait pris un jeune entraîneur qui arrivait dans le monde professionnel. Il n’y a pas un traitement spécifique inférieur».

Mais, hormis de rares cas isolés comme Corinne Diacre, pourquoi de telles disparités? Les budgets, salaires et primes dans le football sont principalement liés au sponsoring et aux revenus issus des droits de retransmission télé. Or, le football féminin reste bien moins médiatisé que le masculin. Des différences sont donc logiques, mais l’ampleur pose question.

La grève pour obtenir satisfaction

La joueuse norvégienne Ingrid Moe Wold. (AFP)

Il y a pourtant eu des évolutions. Le salaire de Corinne Diacre est un exemple. Mais d’autres situations ont vu les écarts se réduire voire disparaître. En Norvège, les footballeuses gagnent désormais autant que les hommes qui ont accepté de réduire leurs salaires pour permettre cela. «C’est une très bonne nouvelle qui va faire une grosse différence pour les conditions des joueuses de l’équipe nationale», a déclaré l’une des joueuses, Ingrid Moe Wold, «C’était peut-être pas grand-chose pour vous. Ça ne se ressentira peut-être pas dans vos salaires mensuels. C’était peut-être une évidence pour vous. Mais pour nous, ça signifie énormément».

Au Danemark, les joueuses de l’équipe nationale ont dû mener une grève, appuyée par les joueurs de l’équipe masculine, qui a failli compromettre leur place a la coupe du monde 2019, mais a permis d’obtenir une gratification équivalente pour les femmes et pour les hommes. De l’autre côté de l’Atlantique, les joueuses de la sélection US ont elles aussi menacé de faire grève à plusieurs reprises en 2016 afin d’obtenir une revalorisation de leurs rémunérations. Le combat reste long pour atteindre l’équité sur la planète football.

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