Construire son réseau, mode d’emploi

Les réseaux féminins sont reconnus comme des accélérateurs de carrière. DR Wikicommons.
Les réseaux féminins sont reconnus comme des accélérateurs de carrière. DR Wikicommons.

L’efficacité des réseaux féminins en matière de carrière est prouvée. Pourtant, tous les secteurs et toutes les entreprises n’en bénéficient pas. Conseils si vous souhaitez lancer le vôtre.

Les réseaux féminins sont un accélérateur de carrière, c’est prouvé. Une récente étude par le chercheur en psychologie Shawn Achor et l’experte de psychologie positive Michelle Gielan l’a d’ailleurs rappelé: elle démontre que les femmes participant à des évènements créés par des réseaux féminins ont deux fois plus de chances d’obtenir une promotion professionnelle et une augmentation de salaire dans l’année qui suit. Et cette revalorisation est, dans 30% des cas, substantiellement supérieure à celles qui ne fréquentent aucun réseau. L’étude a été réalisé sur 2600 femmes aux Etats-Unis.

Les réseaux féminins existent depuis longtemps, y compris en Suisse, et se sont récemment renouvelés. Pour construire un réseau efficace, voici les conseils de deux expertes en la matière. Emilie Hawlena, fondatrice de Genuine Women, réseau de femmes entrepreneures qui en un an d’existence a réuni 500 membres. Et Taïssa Thierry Chaves, qui aux côtés de Natacha Gajdoczki, et Kelly Hungerford, a, avec Women in Digital Switzerland, construit une solide communauté d’expertes, dotée de 2000 membres en ligne. Elle organise entre autres des meet-ups mensuels dans cinq villes Suisses depuis 2014 autour de questions techniques sur le digital.

Différencier réseau et communauté

Un réseau suppose des gens actifs et investis. Une communauté peut comprendre un grand groupe passif, typiquement un groupe Facebook ou un forum.

«Au sein du réseau, il y a un réel engagement et investissement personnel. Une solidarité entre membres très active et un sentiment d’appartenance très fort», remarque Emilie Hawlena. Son réseau dispose aussi d’une communauté, «ce sont un peu les friends&family qui gravitent autour et participent aux événement tout public lorsqu’ils en ont envie. Mais être dans le réseau demande un engagement.»

Le tarif que vous fixerez pour être membre du réseau peut être un moyen de susciter l’engagement de vos membres. Mais il n’est en aucun cas une garantie. Payer pour être membre d’un réseau n’entraîne pas automatiquement l’engagement, tout comme la gratuité d’une communauté en ligne ne signifie pas pour que ses échanges seront lâches ou peu qualitatifs.

Parfois l’acception des termes ‘communauté’ et réseau’ est comprise autrement. Mais la même distinction entre un groupe plus engagé et actif et un autre, moins structuré, se laisse lire. Ainsi, pour Taïssa Thierry Chaves, «la communauté suppose de partager des valeurs et fonctionne de manière bien plus imbriquée. Le réseau consiste plus en un ensemble hétérogène d’expertises et de personnalités qu’il faut connecter entre elles. Mais l’un sans l’autre n’a pas de sens. Le lien entre les deux, c’est l’authenticité de la personne qui les anime et des membres qui les composent.»

Identifier un problème

A la base, l’intérêt d’un réseau c’est de mettre en relation des acteurs pour résoudre un problème. Que ce soit pour favoriser l’émergence de femmes cadres dans votre entreprise, faciliter le recrutement de jeunes techniciennes, ou trouver des solutions pour gérer la garde de ses enfants en étant femme active. Le réseau peut être limité à une zone géographique, une entreprise, une activité, mais il doit apporter des solutions. «Genuine est né de ma propre démarche entrepreneuriale et du constat que les aides, les soutiens, les informations étaient peu nombreux et ne me correspondaient pas. Sans compter les montagnes russes émotionnelles que suppose une telle aventure. Je me suis dit que je ne devais pas être la seule dans ce cas et qu’ensemble, nous serions plus fort!», détaille Emilie Hawlena. Mais attention, rappelle Taïssa Thierry Chaves, «il faut toujours être dans une attitude donnant-donnant: construire un réseau c’est donner et recevoir, que votre objectif final soit de l’entraide ou bien du business. Si tout est conçu dans la seule optique de recevoir, vous n’atteindrez pas votre objectif. Par ailleurs, évitez de mélanger tous les objectifs.»

Taissa Thierry Chaves. DR

Choisir un positionnement

Il existe toutes sortes de réseaux, selon le temps que vous voudrez passer pour cette activité et le besoin que vous souhaitez adresser, il vous faudra choisir une formule. Soit des rencontres purement ‘business’ où le but est de permettre aux participants de faire des affaires. Un modèle prisé par les professions libérales, mais un peu en désuétude. Les réseaux d’aide et de soutien sont aujourd’hui plus nombreux à se créer. Et ils génèrent parfois de l’activité indirectement. «Genuine a clairement été fondé sur un modèle d’aide et de soutien, mais beaucoup de nos membres se mandatent entre elles, réalisent des collaborations, car le réseau est aussi pour elles un label de qualité», résume Emilie Hawlena.

Le recrutement, c’est exigeant

Pour que votre réseau soit efficace et que sa réputation reste solide, respectez vos propres critères au moment du recrutement de vos membres. Si vous vous adressez aux cadres uniquement, une junior trouvera-t-elle sa place?

Emilie Hawlena est très exigeante sur la question et souhaite rencontrer toute future membre. Avec la croissance rapide de Genuine Women, il lui été difficile de rencontrer chacune individuellement. Elle a donc trouvé une solution originale: des séances d’informations groupées destinées aux futures membres. «C’est deux heures, avec dix participantes au maximum. C’est l’occasion pour elles de voir ce que l’on fait, ressentir notre énergie. Et savoir de suite si cela leur correspond ou pas. Certaines participantes ont ainsi compris immédiatement que Genuine n’allait pas répondre à leurs besoins». Du temps gagné pour tout le monde.

Pour ce qui est des personnes qui encadrent le réseau, la question est d’autant plus cruciale. «Pour les personnes qui s’engagent régulièrement, nous tenons à comprendre leur motivations. Outre l’expertise, il nous importe de savoir ce qu’elles aiment faire. C’est au final ce qui permet un engagement durable», souligne Taïssa Thierry Chaves.

Emilie Hawlena DR

Misez sur les valeurs

Ce qui fait la différence d’un réseau par rapport à un autre? Le feeling, et celui-ci est intimement lié aux valeurs. Pourquoi a-t-on envie de se rendre à un événement, à une conférence ou à un échange? Parce qu’on sent que les échanges seront riches, mais aussi que l’on se sent en confiance, prise en compte telle qu’on est, avec ses besoins. «Le slogan ‘venez comme vous êtes’ aurait très bien pu s’appliquer à Genuine Women», remarque Emilie Hawlena.

La cohérence est de mise: c’est vous, votre attitude, vos envies, votre manière de faire qui inspireront (ou non) vos membres.

Enfin, la confiance et la liberté pour son équipe sont clés. «Ce qui compte pour moi est de penser ‘long-terme’ et lâcher prise sur le micro-management», ajoute Taïssa Thierry Chaves dont l’équipe compte 20 bénévoles en plus des trois fondatrices dans le comité. «Nous avons bien sûr des guidelines pour les partenariats et le déroulement de nos meetups, mais il faut il faut savoir partir du principe que ‘c’est celui qui fait qui a raison’, sous peine de passer beaucoup de temps à se corriger mutuellement.»

Le digital est votre ami !

2018 est l’ère du phygital, résume Taïssa Thierry Chaves. Digital et rencontres physiques ne s’opposent pas mais se complètent. «Ce qui compte c’est que les deux soient qualitatifs et authentiques.» Women in Digital Switzerland utilise sa solide communauté LinkedIn pour «partager du savoir, des informations, une vision, être plus rapide dans l’échange de messages. Le digital peut permettre d’amplifier la diffusion d’un message au niveau national. Et il permet de faire tomber certaines barrières, notamment dans le fait de se déclarer experte. Pour autant, ces outils ne remplaceront jamais des rencontres physiques, les liens humains sont irremplaçables»

Même son de cloche chez les Genuine. Si les rencontres in real life sont évidemment de mise, en 2018, le digital ne peut qu’être un support efficace pour votre projet. Qu’il s’agisse de la communication (partager vos news et events sur les réseaux sociaux), des aspects pratiques (informations et inscriptions en ligne), ou de services à proposer à vos membres. «J’envisage des groupes de discussion, agendas, et forums sur notre futur site, tout comme des modèles de documents types pour des contrats», explique ainsi Emilie Hawlena.

Restez cohérente

«Gardez un alignement entre ce que vous êtes, ce que vous transmettez, ce que vous voulez atteindre», résume Taïssa Thierry Chaves. Chaque élément contribue à la construction de votre réseau. Les lieux, par exemple, ne sont pas anodins. «Les hôtels sont très impersonnels. J’ai refusé d’y tenir des évènements car cela était dénaturé et pas du tout aligné avec nos valeurs», explique Emilie Hawlena qui préfère les espaces de coworking, par exemple. De même, si vous prônez la digital detox et le bien-être, un groupe whatsapp de 130 participants est-il vraiment le meilleur outil? Le tutoiement ou le vouvoiement seront-ils de mise lors de vos rencontres? Des détails, certes, mais qui comptent !

 

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