Comment lever des fonds pour un projet? (2/2)

Géraldine Juge

Après la théorie (voir l’article 1/2), place à la pratique! Témoignage de trois entrepreneuses qui ont levé des fonds, expliquent leur démarche et donnent leurs conseils.

«Le business-plan, important pour pouvoir se structurer et être crédible»

Géraldine Juge, fondatrice de Separate Ways, Genève.

  • Entreprise d’organisation de célébrations funéraires et de gestion administrative
  • 30’000 francs empruntés sur cinq ans auprès de la Fondetec, Fondation publique en ville de Genève.

Géraldine Juge

«Ma start-up propose des prestations de services. Je n’ai pas besoin de local et de fonds très importants. Mais il était important pour moi que mon site, mon logo, ma communication soient fait par des professionnels, je ne voulais pas et ne savais pas tout faire par moi-même. Et je souhaitais dès le départ m’inscrire dans des réseaux entrepreneuriaux, pour lesquels il y a certains coûts. J’avais 29 ans en lançant mon entreprise, je vivais seule et payais mon loyer, sans aucun fonds personnel à investir dans mon projet. Il me fallait donc des fonds pour démarrer mon activité. C’est en suivant des cours d’entrepreneuriat avec le programme Newstart que j’ai entendu parler de la Fondetec. Ces cours m’ont permis de préparer mon business-plan, un élément important pour solliciter un prêt. Pour qu’il soit solide, il faut aller très loin dans la réflexion, se projeter sur trois années au moins. Savoir quel service – ou produit – on veut proposer à quel client, en fonction de ses besoins, évaluer les risques, les concurrents potentiels, les freins à la réussite. C’est donc une réflexion assez large qui est nécessaire, et pas seulement financière. Mais elle est essentielle car elle permet de se structurer, d’être crédible et de se préparer aux questions qui seront forcément posées: que ferez-vous si rien ne se passe comme prévu, pourquoi avoir choisi cette cible et pas une autre? Ce travail m’a bien demandé une dizaine d’heures, un mois au total si l’on compte la préparation au business plan. Le jour où j’ai présenté mon dossier, je m’étais préparée mentalement à défendre mon projet sur tous ces points, à faire face à toutes les objections. L’intérêt de la Fondetec est qu’elle est bien plus qu’une banque: je passe dans leurs bureaux pour leur parler de l’avancement de certains projets, ou lorsque j’ai des doutes ou une nouvelle idée. Ils me conseillent énormément, sans que cela soit du coaching régulier. Par ailleurs ils disposent d’un fort réseau et nous donne de la visibilité, une seule vidéo tournée avec eux a généré 6000 vues en deux semaines»


«Avant un crowdfunding, il faut planifier sa communication»

Claire-Marie Avot-Tessier, fondatrice des Loges du Chic

  • Start-up fournissant les box So Chic So Swiss avec des contenus de créateurs, organisatrice d’ateliers créatifs, Lausanne
  • 37’977 francs levés sur la plate forme de financement participatif WeMakeIt

Claire-Marie Avot-Tessier

«J’ai lancé mon entreprise avec mes fonds propres entre 2014 et 2017. C’est lorsque j’ai voulu développer une ligne de box thématique (anniversaires, mariages, naissance…) et élargir mon catalogue, donc acheter de la marchandise, que j’ai eu besoin de financement. Je pensais au crowdfunding depuis un moment: on peut demander 5000 francs auprès de la famille ou d’amis, mais pour un montant au-delà, ce n’est pas possible. Et mon produit n’est pas technologique, je ne peux donc pas me tourner vers les investisseurs qui financent les start-up etc. J’ai fixé un objectif de 35 000 francs, même si je pouvais réaliser mon projet de manière minimale avec 20 000 francs. Si c’était à refaire, je conseillerai de toujours estimer sa somme au minimum sur les plates-forme de crowdfunding car si l’objectif n’est pas atteint dans le temps imparti -30 ou 42 jours, c’est selon-, l’argent récolté est perdu! J’ai choisi la plateforme WeMakeIt car en terme de notoriété, c’est elle qui ressort en Suisse romande et pas forcément KissKisBangBang ou Raizers. Deux choses sont importantes dans une telle opération. D’abord, bien réfléchir aux contreparties que l’on propose. A l’origine, le crowdfunding misait sur la générosité d’une communauté, aujourd’hui certaines personnes vous financent uniquement car elles trouvent de l’intérêt dans les contreparties que vous offrez. Il faut tenir compte du fait qu’offrir un atelier d’une heure, par exemple, aura un coût pour vous, plus tard. Pour chaque catégorie de dons ou de prix, il faut proposer une contrepartie attractive pour l’internaute et supportable pour vous. L’autre chose importante c’est penser à planifier en détail sa communication. Pour ma part, j’ai choisi d’investir une somme importante auprès d’un pro pour une vidéo. J’ai beaucoup travaillé dessus, par contre j’avais peut-être un peu sous-estimé comment amener la chose auprès de ma communauté en ligne -30 000 personnes- sans les lasser. Les réseaux sociaux restent cela dit le moyen de communication le plus efficace.»


«Il faut savoir expliquer sa valeur ajoutée»

Majbritt Byskov-Bridges, COO de Alver-Golden Chlorella

  • Start-up de foodtech, production et diffusion de chlorelle dorée, algue alimentaire fortement dosée en protéines.
  • 288 600 récoltés sur Raizers (sur 250 000 demandés), 100 000 francs empruntés auprès de la FIT, 100 000 francs empruntés auprès du Speco.

 

Majbritt Byskov-Bridges et Mine Uran

«Nous avons un large réseau qui a joué un rôle important et nos investisseurs sont pour la plupart des personnes du métier, que nous connaissons déjà et qui voulaient investir et faire partie de notre conseil d’administration. Un de nos plus grand investisseurs est aussi un client fidèle qui croit fortement dans notre produit. Il nous est arrivé d’être découragées au début de notre campagne car nous sommes deux femmes, et que les femmes entrepreneures ont moins de chance de réunir du capital.  Mais finalement, nous n’avons jamais connu d’échec en termes de demande de financement car nous avons été très prudentes et avons travaillé par étapes: nous avons d’abord assuré le ‘proof of concept’ avec une petite production, avant de nous lancer dans une production plus systématique. Nous entrons maintenant dans l’étape scale-up, qui suppose un changement d’échelle. Nous nous concentrons de plus en plus sur notre chaîne de valeur. Nous avons choisi de lancer une campagne sur Raizers. Cette plateforme d’investissement en ligne nous a sélectionnées car la foodtech et la biotech sont des thèmes en vue et que notre co-fondatrice, Mine Uran, spécialiste reconnue mondialement dans le domaine des protéines non-animales, a une vision des besoins des consommateurs qui s’est avérée juste: notre chiffre d’affaires cumulé pour 2018 correspond à trois fois le total de nos ventes pour toute l’année 2017 ! L’intérêt de Raizers est qu’il y a un suivi et un processus de due-diligence très approfondi. Cela nous a aidé à formuler ce dont nous avions besoin et pourquoi. Nous allons continuer sur notre lancée. Nous cherchons aujourd’hui 3 millions de francs auprès d’investisseurs ou via des prêts pour étendre notre gamme de produits et développer un site de production 100% suisse. Si j’avais des conseils à donner, je dirais qu’il faut bien connaitre son sujet, son produit, son marché, savoir saisir l’opportunité au bon moment. Il faut aussi avoir un bon business plan, clair et précis. Et bien expliquer sa valeur ajoutée. Et, in fine, ne pas avoir peur de prendre des risques: oser !»

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