Comment lever des fonds pour un projet? (1/2)

Vous êtes entrepreneure ou porteuse d’un projet et cherchez à réunir des fonds. Les biais des investisseurs envers les femmes sont aujourd’hui connus. Quelques conseils pour les surmonter.

Aujourd’hui encore, lever des fonds ne se vit pas de la même manière quand on est une femme entrepreneure ou quand on est un homme.

«Dans les études sur le sujet, les femmes ne disent pas forcément toujours ressentir plus de difficultés», remarque Mathias Rossi professeur et responsable de l’Institut d’innovation sociale et publique de la Haute école de gestion de Fribourg, spécialiste de l’entrepreneuriat féminin. «Cependant, dans les faits, les différences sont établies». Et elles sont nombreuses: les femmes obtiennent moins d’argent car, pour commencer, elles en demandent moins, et ce, pour toute une série de raisons. A noter, détaille le chercheur que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à entreprendre dans les domaines du social, de la santé, des services à la personne, et moins nombreuses dans le domaine de la production. Elles utilisent moins les technologies, et préfèrent des entreprises de petite taille, locales, sans croissance rapide ou création d’emplois dont elles pourraient garder la maîtrise. Un choix souvent fait pour une raison: le besoin ou la volonté assumée de concilier vie familiale et professionnelle et notamment de s’occuper de leurs enfants. Elles sont plus nombreuses que les hommes à garder un emploi à temps partiel en plus de leur projet entrepreneurial. Elles font aussi plus souvent appel à des fonds personnels, ou des financements de type microcrédits ou crowdfunding.

Toutes ces réalités ont un impact sur la perception que les financeurs auront des femmes entrepreneures.

En conséquence, voici les conseils que l’on peut formuler. Bien évidemment ces questions et ces biais ne se poseront pas pour un homme, mais ils existent aujourd’hui, autant les connaître et y faire face.

1-Montrez en quoi vous êtes une entrepreneure

«Pour beaucoup d’investisseurs, l’entrepreneuriat est encore un métier d’homme», note Mathias Rossi. Faites part de votre esprit entrepreneurial, de vos réalisations passées, de vos réussites, de vos compétences en la matière. Et de vos ressources actuelles: réseau, savoirs-faire, temps, moyens…: listez-les et affichez-les! Ils font partie de votre argumentaire, ce sont vos armes, vos atouts.

2-Apportez des preuves de votre implication

Non, travailler de chez soi ne signifie pas que vous gardez vos enfants en même temps. Rassurez les investisseurs sur ce point: montrez que vous avez anticipé ce point, trouvé un système de garde, que votre propre organisation de travail est pensée pour vous accorder au quotidien le temps nécessaire à consacrer à votre projet, que l’école ne vous sollicitera pas vous en priorité pour toute les questions liées à la scolarité de l’enfant mais que ces questions sont gérées équitablement avec votre conjoint(e). «Il faut donner tous les signaux pour montrer que la vie familiale est séparée de la vie professionnelle», insiste Mathias Rossi.

Apportez les garanties que vous pensez ‘long terme’ et que vous ne serez-pas en burn-out au bout d’une semaine. Vous gardez un temps partiel? Expliquez à vos financeurs pourquoi, ce que ce temps partiel peut vous apporter professionnellement en plus d’une sécurité financière, et combien de temps vous envisagez de cumuler les deux activités.

3-Forgez et affichez votre expérience

«Les fils sont cinq fois plus nombreux à reprendre une entreprise familiale que les filles. Et pourtant, il y a autant de fils que de filles», indique Mathias Rossi. Que vous repreniez ou non une enseigne, sachez que le fait de pouvoir afficher une expérience dans votre domaine d’activité, montrer des résultats passés voire une continuité dans la gestion d’une activité est un élément qui rassure les financeurs. Si vous vous lancez par exemple dans le marketing en tant que free-lance mais que vous avez été employée dans ce domaine pendant des années, montrez concrètement les différents projets que vous avez menés et ce qu’ils ont apporté à votre entreprise.

4-Choisissez les bons réseaux

«Des études ont prouvé que les réseaux 100% féminins sont souvent très bons en matière d’entraide et de conseils, ou pour briser la solitude. Mais ils sont moins performants pour identifier des opportunités d’affaires, de financements, ou de clients», pointe Mathias Rossi. Si l’objectif est de lever des fonds, envisagez un réseau qui répond à ce besoin.

5-Affichez des ambitions élevées

«Les femmes sont souvent perçues comme ayant moins d’ambitions», explique le chercheur, en s’appuyant sur le type d’entreprises lancées par des femmes, comme expliqué ci-dessus. Ce que vous concevez comme une maîtrise des risques, un équilibre permettant une vie de famille harmonieuse, une stratégie prudente et de long-terme risque fort d’être perçu comme une frilosité excessive… parfois négative pour les affaires. «Il ne faut pas avoir de peurs ni de retenues», assure le chercheur. Lorsque vous rédigez votre business-plan, osez imaginer jusqu’où votre entreprise pourrait se développer, ce que vous aimeriez en faire, projetez-vous là où vous auriez envie d’être, sans inhibitions. Ce qui demande… une bonne dose de confiance en soi.

6-Connaissez les critères des financeurs

Apprenez à savoir qui sont vos investisseurs, quels sont leurs critères, pour pouvoir attirer leur attention dès que vous les abordez. Avant un pitch devant cinq ou six investisseurs, renseignez-vous sur chacun d’entre eux, un à un, leurs intérêts, envies et besoins du moment. Une démarche qui nécessite un bon réseau, et la disponibilité pour rencontrer les personnes qui répondront à vos questions

7-Trouvez des modèles!

Rien de mieux qu’une femme culottée pour s’inspirer. Des femmes entrepreneures, il y en a plein. Rendez-vous dans notre rubrique ‘inspiration’ 😉  Et notamment dans le second volet de cet article, à paraître très vite!

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