Comment devenir une femme politique?

Un des domaines clés où s’exerce le pouvoir et se détermine l’avenir de la société, est la politique. Or la Suisse ne fait pas très fort en matière de parité dans ce domaine. A certaines périodes, il y a eu quatre conseillères d’Etat à Genève, et une majorité de femmes au Conseil fédéral. C’est aujourd’hui du passé. Dernièrement, le projet de révision de la loi sur l’égalité salariale a été renvoyé en commission par un Conseil des Etats où siègent 39 hommes et… 7 femmes. Avoir plus de femmes en politique est un enjeu des plus actuels. S’engager en politique peut être une expérience des plus riches et constitue le premier moyen de changer les choses. Des politiciennes romandes ont voulu partager leur expérience avec les lectrices de femmesleaders.ch.

 

Lausanne le 16 novembre 2017. Soirée Femmes Leaders de Bilan, au Beau-Rivage Palace de Lausanne. Isabelle Moret. © Magali Girardin.

Conseils-express d’Isabelle Moret, conseillère nationale suisse, candidate au Conseil fédéral en 2017 :

1) Osez! Les femmes doutent trop souvent de leurs compétences. Toute la population et toutes les expériences doivent être représentées en politique. Pourquoi pas les vôtres?

2) Préparez-vous! Celle qui connaît bien son dossier et l’a préparé, sur la forme et sur le fond, a une longueur d’avance sur les autres.

3) Gagnez de l’expérience! Commencez par vous investir à un niveau où vous êtes certaine d’être à l’aise : dans votre village, une association de quartier, une section femmes d’un parti. Cette expérience vous sera utile par la suite.

4) Regroupez-vous! Il est plus facile de porter un projet à plusieurs. Les compétences sont complémentaires et les expériences peuvent être partagées.

5) Entourez-vous de gens meilleurs que vous! Il est impossible de maîtriser tous les dossiers. N’hésitez pas à vous renseigner auprès des spécialistes et à vous former.

Anne-Catherine Lyon, ancienne conseillère d’Etat vaudoise. (© Marius Affolter/24Heures)

Anne-Catherine Lyon, ancienne conseillère d’Etat vaudoise, avocate-conseil :

«Le pire ennemi des femmes est en elles-mêmes»

Pour elle, c’était l’écœurement profond provoqué par la non élection de Christiane Brunner au Conseil fédéral par les Chambres qui l’a incitée à se présenter dans le canton de Vaud. Auparavant, la non élection de la conseillère nationale socialiste Lilian Uchtenhagen, première candidate au poste de conseillère fédérale en 1983, avait déjà suscité un vif débat. Elle s’est alors dit qu’il devenait stérile de s’énerver, et qu’il fallait passer à l’action. «Soit j’arrête de m’énerver et je vis pour moi, tournée vers ma vie personnelle, soit je m’engage, avais-je pensé. J’ai alors rejoint un petit mouvement en 1993, Renaissance Suisse Europe». Alors qu’aucun membre de sa famille n’était politisé, elle avait découvert ce mouvement, promu par le socialiste vaudois François Cherix, dans le journal. «J’étais prête pour un combat collectif». Elue à l’assemblée constituante dans des listes communes avec le parti socialiste, elle suit un «chemin naturel vers le PS». Ce qu’elle conseille en tout premier lieu, c’est d’oser se porter candidate à la candidature dans des partis, lorsqu’on est sollicitée pour figurer sur une liste, que ce soit le conseil communal de sa commune, une municipalité, ne pas se poser trop de questions et foncer. «Les femmes ont un sens des responsabilités qui les conduit à beaucoup réfléchir et à avoir une crainte infondée de ne pas être à la hauteur. Le plus souvent, les femmes, nombreuses sur les listes des partis de gauche, ont de très bons scores. Les électeurs et électrices leur font confiance et les élisent. Leur pire ennemi est en elles-mêmes au fond». L’adversité, oui cela existe en politique, dit-elle. «Il faut en être conscient à l’avance, lorsqu’on s’engage dans des luttes et des combats d’opinons, et qu’on a de surcroît la chance, le privilège d’être élue et rendue plus visible. Cela fait partie de cet engagement. Il faut être très claire dès le départ avec soi-même, mais ça ne doit pas décourager car il n’y a pas d’adversité tous les jours, ce n’est pas permanent, il y a aussi d’immenses satisfactions, des joies». Ce qu’Anne-Catherine Lyon retient surtout de toutes ces années, «c’est la beauté de construire des projets en essayant de chercher un consensus. «Il faut avoir beaucoup de patience, inscrire son action dans le temps, rien ne se fait immédiatement, il faut de la ténacité. Des qualités qu’on retrouve singulièrement chez les femmes : elles sont particulièrement bien armées pour cela».

Magali Orsini, ancienne députée Ensemble à Gauche, candidate jusqu’au 15 avril aux élections genevoises pour «La liste pour Genève» :

«Les attaques nous font pleurer, puis finissent par nous faire rigoler»

Elle s’est toujours prise pour un homme, car on l’a élevée comme un garçon. S’affirmer était naturel pour elle. «Cela a fait que j’ai certainement eu moins de difficultés», admet Magali Orsini. J’avais un père militaire, une mère pas très féminine, j’ai été élevée avec des cousins, des oncles, des exemples masculins». C’est en se retrouvant avec des filles à l’école qu’elle est étonnée par leur type de soucis et de préoccupations: les garçons, les belles robes… «Je me suis toujours sentie décalée, mais j’avais des avantages pour la politique. Dans ce domaine non plus, je ne me suis jamais sentie maltraitée parce que je suis une femme. Aujourd’hui encore, je n’ai jamais le réflexe de me dire que c’est parce que je suis une femme. Je suis toujours plongée dans la bataille d’idées». Ses conseils: «prenez votre place, servez-vous et n’attendez pas qu’on vous tende la main. Alors que j’étais au comité directeur du Parti socialiste, j’étais timide et n’osais pas prendre la parole. Puis j’ai compris qu’on ne me la donnerait jamais si je ne la prends pas.» Pour Magali Orsini, s’engager en politique, c’est comprendre que les conflits sont le propre de la vie, l’être humain doit les affronter. «Ne pas les créer certes, mais les affronter et savoir se défendre». Il faut s’endurcir, se créer une carapace, préconise-t-elle. «Cela vient avec l’entraînement et la persévérance. Au début, on pleure pour la moindre critique, puis 20 ans après, on se tord de rire face à des attaques parfois virulentes, car à force d’entraînement, ces choses se dédramatisent. C’est un entraînement comme le sport». Magali Orsini aimerait voir d’autres valeurs que celles typiquement masculines assurer le succès en politique. Surtout que cette dernière n’est pas reluisante, de nos jours. «Il y a trop de guerres d’égos, alors que la politique devrait être un affrontement d’idées, des idées originales et non piquées aux autres». La séduction n’est pas toujours un atout: «Tout le monde séduit tout le temps. Mais il faut veiller à rester dans son identité, dans son action personnelle».

Bénédicte Amsellem-Ossipow, candidate au Grand Conseil pour Les Verts genevois: 

 «Je ne me voyais pas observer ce monde et me tourner les pouces»

Ses enfants ayant grandi, elle avait plus de disponibilité. L’envie de se réengager, comme dans sa jeunesse, est revenue. «J’ai choisi mon parti en fonction de l’accueil réservé aux femmes». Sur internet, elle a examiné les statuts des différents partis, observé si la parité était un but, si les femmes étaient présentes dans les comités, dans les organes dirigeants. Chez les Verts, elle a trouvé les femmes bien représentées. «C’était clairement un argument en faveur de mon engagement dans ce parti». Ses conseils aux femmes qui veulent se lancer en politique ? «Surtout ne pas s’autocensurer, ne pas jeter l’éponge avant d’avoir essayé. C’est une façon de perpétuer le phénomène de sous-représentation des femmes ». Il faut «oser prendre sa place». Face à l’adversité, elle conseille de «bien s’entourer, notamment de soutiens féminins», avec qui partager ses doutes le cas échéant. Se créer un réseau est essentiel, rappelle-t-elle. Certes, la politique est chronophage, et les femmes n’ont pas la disponibilité illimitée que des hommes peuvent vouer à leur carrière ou à la politique. «C’est un engagement, il faut accepter qu’il sera nécessaire d’y consacrer du temps». Quant à l’exposition, notamment médiatique, qu’apporte l’exercice de la politique, Bénédicte Amsellem-Ossipow ne pense pas qu’il faille être obnubilé par cela, que ce soit en bien ou en mal. «On ne fait pas ça en premier lieu pour être visible. La première motivation est de porter un projet dans lequel on croit. Cela m’apporte du sens. Je ne me vois pas observer ce monde et me tourner les pouces. Pour moi, il est plus déprimant d’observer passivement que de se mobiliser».


«Comment devenir…»

Dans cette série «Comment devenir…», Femmes leaders veut inspirer les femmes à partager à égalité les responsabilités dans la société avec les hommes en occupant les positions qui comptent et d’où elles peuvent prendre en mains leur propre destinée, comme productrice de cinéma, juge d’instruction, politicienne, sommité en science, ou encore capital-risqueuse. Nous les incitons à s’imaginer dans ces métiers traditionnellement très masculins qui déterminent les valeurs et les enjeux de pouvoir dans la société, et dans lesquels elles peuvent exercer leur influence et redéfinir les critères afin qu’ils leur correspondent mieux.

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