Caroline Kuyper: “L’impact des femmes sur la profitabilité des entreprises n’est pas encore reconnu”

"Maitriser les cycles et défis d’une production est un atout certain" pour être administratrice estime Caroline Kuyper.

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des AdministratricesCette semaine rencontre avec Caroline Kuyper, vice-présidente de l’EPFL chargée des finances, et membre de plusieurs conseils (Fondation EPFL+, Fondation WISH, Société pour le quartier nord de l’EPFL, Société pour le quartier de l’innovation de l’EPFL).

D’origine néerlandaise, Caroline Kuyper a brillamment mené une carrière dans la finance auprès de grandes multinationales basées sur l’arc lémanique. Après 14 années chez Philip Morris International, elle poursuit son parcours chez au siège mondial de Nestlé, toujours dans les finances. Elle œuvre dans le contrôle stratégique et financier du secteur de la nutrition et des eaux minérales, avant de prendre en charge les finances et l’administration globale pour la R&D, l’innovation et la technologie.

Son parcours de sportive de haut niveau l’a ensuite amenée à servir comme CFO et membre de la direction du Comité International Olympique pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Elle devient alors membre de plusieurs conseils de sociétés actives dans les aspects commerciaux du sport mondial. Elle poursuit en mettant un pied dans la Confédération suisse, en tant qu’ambassadeur et directrice suppléante de l’Office Fédéral de la Statistique ajoutant ainsi la gestion publique à son parcours. Début 2017 elle a rejoint l’EPFL en tant que CFO, au sein de la nouvelle direction. Membre du Cercle Suisse des Administratrices, elle a 53 ans.

Quel a été votre plus gros challenge en tant qu’administratrice ?

Imposer d’importants changements de gouvernance. Les us et coutumes de Conseils qui historiquement se renouvellent peu nécessitent parfois des évolutions drastiques qu’il n’est pas toujours simple à gérer. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à se faire aider et soutenir par des spécialistes externes pour mener à bien les grands changements de gouvernance ou gérer des situations de crise.

Qu’est-ce qui, dans votre parcours, a été le plus utile dans votre fonction d’administratrice ?

Certainement mes nombreuses années d’audit opérationnel, qui m’ont amenée à voyager à travers le monde entier, à être confrontée aux différentes cultures et à analyser toutes les fonctions de l’entreprise, des ressources humaines à la production, aux achats, à la construction, au marketing, aux nouvelles technologies, à la gestion des risques, à la stratégie, et bien d’autres, ainsi qu’à connaître sur le bout des doigts les bases de la gouvernance, de la compliance et du business conduct.

Ces bases, acquises au début de mon parcours, me sont encore aujourd’hui immensément utiles et me permettent, en général, de pouvoir débattre, avec le conseil ainsi qu’avec les spécialistes régulièrement invités, sur les sujets les plus divers.

Je citerais également que le fait d’avoir travaillé dans diverses entreprises productrices de biens a été très utile. Nous évoluons dans une société qui tend de plus en plus vers les services et le digital, évolutions extraordinaires et fascinantes, mais connaître et maîtriser les cycles et défis d’une production et de sa commercialisation, qui sont encore, pour l’instant, le pilier de nos économies, est un atout certain.

Quels sont les enjeux auxquels vous devez faire face actuellement ?

Dans le monde académique, les trois piliers que sont l’éducation, la recherche et le transfert de technologie évoluent extrêmement rapidement. L’EPFL, à la pointe dans ces trois domaines doit faire des choix stratégiques. Dans ce contexte et pour assurer la compétitivité future de la Suisse et de son économie, continuer à faire croître les sources de financement et décider de la meilleure allocation des ressources figurent de mon point de vue parmi les plus grands défis.

Qu’est-ce qui, d’après vous, fait encore obstacle à la présence de plus de femmes dans les conseils d’administration ?

Tout d’abord, il faut reconnaître les progrès. Mais sur le fond, je crois qu’une grande partie de la communauté n’est pas encore convaincue de la nécessité de changement du modèle, notamment parce que l’impact des femmes sur, in fine, les résultats financiers ou la profitabilité des entreprises n’est pas encore reconnu. De ce fait, la présence des femmes reste actuellement encore souvent un impératif plus moral que financier. Par ailleurs, les perceptions concernant la capacité des femmes à prendre des fonctions de leadership stratégique sont encore très diverses et constituent un changement culturel encore important à mener dans bien des communautés.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui voudrait devenir administratrice ?

Ne pas sauter l’étape d’une réflexion et d’un travail approfondi sur soi-même et sur l’entreprise à rejoindre, de sorte à bien évaluer l’adéquation culturelle, la charge, les contraintes spécifiques comme les complexités du mandat, ainsi que les responsabilités, toujours plus grandes.  Une certaine expérience professionnelle est, selon moi, indispensable au rôle.

A titre personnel, que pensez-vous d’imposer des quotas de femmes ?

Longtemps j’ai eu un avis négatif sur le bienfondé d’imposer des quotas. Cependant, une forme de quotas me semble actuellement incontournable pour faire évoluer la représentation des femmes dans les conseils d’administration. Les femmes sont prêtes ! Et je suis donc favorable à cette idée et j’encourage les femmes à postuler et à ne pas douter de leurs forces et expériences.




Le Cercle Suisse Des Administratrices
Depuis sa création en janvier 2014 le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes, expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d’administration d’entreprises et d’organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l’accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d’opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l’économie pour participer activement au développement de nos entreprises. Il n’est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s’engager ou encore qu’il est difficile de les trouver.
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