Spécial 8 mars: 31% des Romandes harcelées au travail

Le harcèlement sexuel au travail concerne près d'une femme romande active sur trois. (Image: Getty)

(SONDAGE EXCLUSIF BILAN QUALINSIGHT 6/7) En collaboration avec Qualinsight, Femmes Leaders by Bilan a mené un sondage auprès de 300 femmes actives portant sur leurs conditions de travail et l’égalité homme-femme. Voici les résultats concernant le harcèlement.

#MeToo et #balancetonporc: les réseaux sociaux bruissent de ces voix qui s’élèvent depuis octobre 2017 pour dénoncer des faits de harcèlement. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, Bilan a lancé une enquête auprès de 300 femmes actives en Suisse romande avec l’institut Qualinsight. Voici les résultats.

Un premier chiffre choque dans ce sondage: 31% des femmes interrogées ont déjà vécu une situation de harcèlement sur leur lieu de travail. En France, les sondages placent le curseur entre 20 et 22%. Une enquête menée par GfK Suisse en décembre révélait que 9% des femmes avaient été victimes au cours des deux dernières années.

Un véritable fossé générationnel est à noter: 38% des 18-34 ans interrogées disent avoir été harcelées au travail contre 25% des 50-65 ans. «Cette différence peut être expliquée par une perception plus sensible aujourd’hui chez les jeunes générations que chez leurs aînées, qui avaient sans doute intégré des comportements que l’on a longtemps tolérés de la part des hommes», estime Joanna Bürgisser, avocate au Barreau de Genève spécialisée dans le droit du travail et les relations femmes-hommes.

Or, sur les 31% de femmes s’estimant victimes, 64% avouent n’avoir entamé aucune démarche. Le harcèlement sexuel dans le monde du travail reste donc largement méconnu, même des entreprises. Pourtant, il n’est pas anodin: 46% des femmes estiment que la situation a nui à leur vie professionnelle. «Près des deux tiers gardent cela pour elles: c’est véritablement une omerta liée souvent à un sentiment de résignation, voire de honte, ou à une peur de voir la dénonciation se retourner contre l’auteure», estime Rodica Rosu Fridez, présidente du club Business & Professional Women de Lausanne.

«il reste un effort à faire»

Quant au phénomène #metoo, il semble avoir eu un impact limité. Parmi les femmes issues de ménages aux revenus modestes, 5% estiment que la campagne ne s’est traduite par aucune évolution positive. Si ce chiffre monte à 21% pour les revenus moyens inférieurs et à 13% pour les revenus moyens supérieurs, «cela montre qu’il reste un effort à faire via d’autres leviers, comme l’application de la loi ou des changements dans les mentalités à travers l’éducation et la sensibilisation», conclut Rodica Rosu Fridez.


Méthodologie du sondage

Cette enquête exclusive a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 300 femmes âgées de 18 à 65 ans, actives professionnellement (à temps partiel ou à temps plein), vivant en Suisse romande. L’enquête a été menée auprès du panel de consommateurs romands votre-opinion.ch, appartenant à la société d’études Qualinsight, établie à Lausanne. La marge d’erreur sur cet échantillon est de +/- 5,7% pour un niveau de confiance à 95%. Ces femmes ont été interrogées au moyen d’un questionnaire auto-administré en ligne entre le 8 et le 11 février 2018.

Analyses